Le visage lisse comme celui de ses amis les bonzes tibétains, Richard Gere trimballe sa belle gueule à Hollywood depuis bientôt quarante ans, menant sa barque avec un calme zen au fil d'une carrière inégale mais où il a su se rendre inoubliable. Fils de fermier, il étudie la philosophie et les arts dramatiques à l'Université du Massachussets, à Amherst, mais abandonne au bout de deux ans pour se consacrer à sa carrière d'acteur. Il joue alors quelques pièces puis obtient son premier grand rôle à Londres dans la comédie musicale
Grease, qu'il reprendra plus tard à Broadway. De retour à New York il joue dans
Songe d'une nuit d'été et
La Mégère apprivoisée, dont les succès lui servent de tremplin pour le grand écran. Après un second rôle dans
Report to Commissioner (Milton Katselas, 1975) sa performance dans
Baby Blue Marine (John D. Hanckock, 1976) lui vaut d'être remarqué par les producteurs d'
A la recherche de Mr Goodbar (
Richard Brooks, 1977), qui le hisse très vite dans le peloton de tête des acteurs américains découverts à la fin des années 70. L'année suivante il joue dans le second film de
Terrence Malick,
Les Moissons du ciel (1978), peut-être le plus beau rôle de toute sa carrière. Sa plastique, sublimée par ces paysages mordorés, n'enlève rien à la composition d'un personnage tragique sacrifiant son amour. Suivront
Les Chaînes du sang (Robert Mulligan, 1978),
Yanks (
John Schlesinger, 1979), puis enfin la consécration auprès du grand public avec
American Gigolo (
Paul Schrader, 1980), qui forge pour de bon son statut de playboy.
Nouvelle icône, nouvelle image de jeune premier au charme peut-être trop parfait qu'il retrouve dans
Officier et Gentleman (Taylor Hackford, 1982), énorme succès au box office l'année de sa sortie. Mais alors que l'ascension fût fulgurante, celle-ci redescend progressivement avec une série de réussites mineures ou d'échecs :
A bout de souffle (Made In USA) (Jim Mc Bride, 1983),
Le Consul honoraire (John Mackenzie, Id),
Cotton Club (
Francis Ford Coppola, 1984),
Le roi David (Bruce Beresford, 1985),
Les coulisses du pouvoir (
Sidney Lumet, 1986),
Sans pitié (Richard Pearce, Id),
Rien à perdre (
Gary Sinise, 1988),
Affaires privées (
Mike Figgis, 1990). Après avoir connu une vraie baisse de popularité, il redonne un formidable coup de boost à sa carrière avec
Pretty Woman (Gary Marshall, Id) : la quarantaine, les cheveux poivre et sel, sa maturité donne à son personnage un charisme idéal face à la jeune
Julia Roberts, il redevient un sex symbol, mais dans une classe supérieure. Il croise ensuite rapidement la route de
Kurosawa pour une petite apparition dans
Rhapsodie en août (1991), puis renoue avec une carrière commerciale couronnée de succès divers et variés : thriller avec
Sang chaud pour meurtre de sang froid (
Phil Joanou, 1992) ; remake du
Retour de Martin Guerre avec
Sommersby (Jon Amiel, 1993) ; chevalier de la Table Ronde dans
Lancelot (Jerry Zucker, 1995) ; avocat dans
Peur primale (Gregory Hobbit, 1996), thriller encore mais anti-chinois avec
Red Corner (
Jon Avnet, 1997), et sans intérêt pour
Le Chacal (Michael Caton-Jones, Id).
En 1999 c'est l'heure des retrouvailles avec la comédie romantique et surtout
Julia Roberts pour
Just married (ou presque) (Gary Marshall), qui tentera en vain de renouer avec le succès de
Pretty Woman. Il rejoint ensuite le vétéran
Robert Altman pour devenir la star de
Docteur T et les femmes (2000), puis s'essaie au surnaturel avec
La Prophétie des ombres (Mark Pellington, 2002). La même année Adrian Lyne l'emploie pour
Infidèle, remake américain de
La femme infidèle, un classique de
Claude Chabrol dont l'adaptation laissera la critique divisée. 2002 toujours, il est l'une des stars d'un des plus gros succès au box office de l'année,
Chicago, adaptation d'un musical de Broadway signée Rob Marshall avec
Catherine Zeta-Jones et
Renée Zellweger. L'acteur est en pleine forme, il se relance à chaque décennie. Suivra le très médiocre
Shall we dance ? (
Peter Chelsom, 2004), encore un remake, sa spécialité, mais d'un film japonais. Il danse cette fois avec
Jennifer Lopez. Très actif mais pas forcément pour le meilleur, il échoue aux côtés de
Juliette Binoche dans
Les Mots retrouvés (Scott McGegee et David Siegel, 2005), puis enchaîne sur le sympathique
Faussaire (Lasse Hallström, 2006), l'inédit
The Hunting Party (Richard Shepard, 2007) et enfin
The Flock (Id), premier film américain du réalisateur hongkongais
Andrew Lau, qui aurait mieux fait de s'appeler
The Flop. Richard Gere est également à l'affiche de
Nights in Rodanthe (George C. Wolfe, 2008),
Hachiko : A Dog's Story (Lasse Halström, Id),
Amelia (
Mira Nair, 2009),
Brooklyn's Finest (
Antoine Fuqua, Id) et
The Prodigy (Ericson Core, Id). Preuve que le plus bouddhiste des acteurs hollywoodiens, célèbre pour sa défense du Tibet et du Dalaï Lama, reste plus que jamais dans la course.