Rithy Panh, à travers une œuvre rigoureuse alternant entre la fiction et le documentaire, ne cesse de creuser et d'éclairer l'histoire de son pays d'origine, le Cambodge, qu'il a fui en 1979 pour échapper aux camps de travail des Khmers Rouges. Véritable survivant d'un génocide qui marquera profondément son cinéma, il trouve refuge en France en 1980. Cinq ans plus tard, il s'inscrit à l'IDHEC, nouvellement fémis, dans le but d'épouser une carrière de réalisateur. Il signe son premier film documentaire en 1989,
Site 2. Un retour sur les camps de réfugiés cambodgiens qui est aussi son premier voyage au pays après dix ans d'exil. Son cinéma ne va alors cesser de revenir sur les racines de son pays et l'amnésie que constitue le génocide khmer. De fictions,
Les gens de la rizière (1994),
Un soir après la guerre (1998),
Que la barque se brise, que la jonque s'entrouvre (2001), en documentaires,
Bophana, une tragédie cambodgienne (1996),
La Terre des âmes errantes (2000),
Les Gens d'Angkor (2003),
S-21, la machine de mort Khmer rouge (Id),
Les artistes du théâtre brûlé (2005),
Le Papier ne peut pas envelopper la braise (2007), son œuvre interroge la mémoire et la culture cambodgienne. Panh construisant une réflexion poussée, obstinée, qui tente de retranscrire la complexité des évènements et la place centrale tenue par l'homme, notamment par une profonde déconstruction des gestes où le corps est le moteur. L'auteur est ainsi devenu le plus grand historien cinéaste de son pays. Il continue de travailler depuis la France, mais son cœur, son âme, son regard, sont tournés vers le Cambodge dont il offre une image généreuse et lucide. Une description unique tournant autour d'une tragédie et ceux qui la vivent, au passé et au présent, ou plutôt l'un dans l'autre, irrémédiablement attachés. Sa dernière œuvre de fiction,
Un barrage contre le Pacifique (2008), adapté de
Marguerite Duras et avec
Isabelle Huppert, s'éloigne en apparence de ses thèmes pour mieux y revenir par l'angle historique à travers un récit autour de la colonisation en Indochine dans les années 30.