On aime Robert Downey Jr, malgré ses égarements, ses erreurs, ses frasques qui ont fait la joie des tabloïds. Du teenager d'
Une créature de rêve en passant par la transition académique
Chaplin, pour le retrouver, quasi ressuscité et génial, dans
Iron Man et
Tonnerre sous les Tropiques, l'acteur a pourtant connu des hauts et des bas durant sa carrière. Il aurait pu mal finir, au fond du trou, telle une épave noyée dans l'alcool et la drogue à qui Hollywood ferme ses portes. Mais il a su s'en sortir, superbe, moins abîmé qu'enrichi du charme de l'expérience. Plus sexy et doué que jamais, Robert Downey Jr est revenu de ses nombreuses cures de désintoxication longtemps infructueuses et entre lesquelles il errait à la fin des années 90. Il a franchi le cap, gagnant moins en maturité qu'en subtilités, jouant de son passé pour composer des personnages avec une étonnante capacité à en ciseler les moindres détails. Né à New York d'un père acteur, scénariste, producteur et réalisateur, il hérite de ses premiers rôles enfant chez son paternel et se forme dès l'adolescence aux arts dramatiques. Après le divorce de ses parents, il s'envole quelques années pour Los Angeles, puis revient à New York où il fait ses premiers pas sur scènes dans diverses pièces off à Broadway. Il ne tarde alors pas à décrocher des petits rôles au cinéma :
Baby it's You (John Sayles, 1983), une comédie romantique avec Rosanna Arquette, et
Firstborn (Michael Apted, 1984), sur lequel il fait la connaissance de
Sarah Jessica Parker, devenant sa fiancée et avec qui il emménage rapidement à New York.
Less than zero
En 1985 il décroche un second rôle mémorable de trouble fête dans le teen movie
Une créature de rêve de
John Hughes. L'acteur a alors vingt ans et partage la vedette avec Anthony Michael Hall qui lui propose de l'accompagner au casting du Saturday Night Live, l'émission comique culte de NBC. Il est engagé. Malchance, le show faisant alors l'une des pires saisons de son histoire, l'acteur est congédié après 18 épisodes. Décidé à rebondir, il revient rapidement au cinéma dès 1986 avec la comédie sportive
Back to School (Alan Metter), avant de décrocher enfin son premier rôle principal aux côtés de Molly Ringwald dans la comédie romantique négligeable
The Pick-up Artist (James Toback, 1987). Sa belle gueule de teenager lui permet d'enchaîner sur sa première performance saluée par la critique,
Neige sur Beverly Hills (Marek Kanievska, Id). Robert Downey Jr impressionne alors en oiseau de nuit cocaïné dans cette adaptation de
Moins que zéro de
Bret Easton Ellis. Le film, superbe en dépit d'une vision légèrement aseptisée et plus morale que le roman, sera mésestimé. Mais pas l'acteur, qui apparaît avec une sensibilité à fleur de peau, donnant ainsi une vérité troublante à cet univers plein de vide où les personnages noient leur ennui dans la drogue à la lumière des néons. C'est aussi que la fiction rejoignait alors la réalité, puisque Robert Downey Jr rentrait peu de temps après la sortie du film dans sa première cure de désintoxication. Une œuvre prémonitoire.
Chaplin
Suivront un teen movie oubliable (
Johnny Be Good), un drame autour de la guerre du Vietnam et ses appelés avec
Kiefer Sutherland en partenaire (
1969), un faux documentaire sur un studio hollywoodien bidon (
That's Adequate), avant qu'enfin l'acteur émerge dans un rôle plus mature en avocat idéaliste aux côtés de
James Woods dans
Coupable ressemblance (Joseph Ruben, 1989). L'ado quitte alors progressivement sa panoplie pour incarner des personnages plus adultes. On le croise ainsi avec Cybill Sheperd dans la comédie romantico-fantastique
Le Ciel s'est trompé (Emile Ardolino, Id), puis aux côtés de celui qui deviendra son ami,
Mel Gibson, pour un sympathique cocktail d'action et d'humour,
Air America (Roger Spottiswoode, 1990). Son style nerveux et improvisé à l'humeur bouillonnante faire des étincelles dans le cadre d'une production hollywoodienne calibrée. Si comédie et romance lui collent encore à la peau avec
La télé lave plus propre (1991), il s'en débarrasse enfin en 1992 avec
Chaplin de Richard Attenbourough, biopic du célèbre comédien et réalisateur que Robert Downey Jr incarne ici pour un rôle « tour de force » qui lui vaut une nomination aux Oscars. Mais s'il gagne la reconnaissance de sa profession, en dehors de plateaux, la vie de Robert Downey Jr commence sérieusement à vaciller. Sa relation avec
Sarah Jessica Parker touchant à sa fin, trop de problèmes de drogue. Ce n'est que le début.
Cures et prison
En 1993, après une énième fable romantique (
Drôle de fantômes), Robert rejoint le casting de
Short Cuts de
Robert Altman. Un film choral dans lequel il prend sa place avec talent, le réalisateur allant jusqu'à le définir comme le meilleur acteur américain en activité. Si on oubliera volontiers ensuite
Hail Caesar (1994), qu'il tourne par amitié pour Anthony Michael Hall, ici acteur et réalisateur, on se souviendra en revanche de sa présence dans
Tueurs nés d'
Oliver Stone (Id), où dans le rôle d'un présentateur télé pris sous les feux d'une émeute en prison, il apporte une folie en osmose avec le rythme déjanté du film. Moins original, il reviendra encore et toujours à la comédie romantique aux côtés de
Marisa Tomei dans
Only You de Normal Jewison (Id). Il passera ensuite aux films en costumes avec
Richard III (Richard Loncraine, 1995) et
Le Don du roi (Michael Hoffman, Id), puis deviendra le héros du film de
Jodie Foster,
Home for the Holidays (Id) pour une prestation impeccable.
Mais cette période, où l'acteur ne cesse d'être salué, est rattrapée par ses problèmes personnels. Il est en effet arrêté en 1996 sur Sunset Boulevard à Los Angeles en possession d'héroïne, cocaïne et d'un 357 Magnum. Cette arrestation ouvre alors un cycle de plusieurs années durant lesquelles il passe de nombreuses fois devant les tribunaux, avec de multiples injonctions l'obligeant à suivre une cure de désintoxication. En 1997, forcé de se soumettre à un test de traçabilité anti-drogue auquel il ne se rend pas, il écope de quatre mois de prison à Los Angeles. Ce qu'il réitère en 1999, le forçant ainsi à retourner en tôle pour y passer au total près un an.
Spirale, de bas en haut
En parallèle de ses déboires, Robert Downey Jr ne délaisse pas sa carrière mais celle-ci n'est évidemment pas à son sommet. On le voit chez
Mike Figgis dans
Pour une nuit (1997),
Robert Altman pour
The Gingerbread Man (1998), aux côtés de
Tommy Lee Jones dans le thriller
U.S. Marshals (Stuart Braid, 1998). Après le médiocre
In Dreams de Neil Jordan (1999), et une apparition dans la comédie pour
Steve Martin et
Eddie Murphy Bowfinger, roi d'Hollywood (
Frank Oz, 1999), il devient un réalisateur de documentaire dans le raté
Black and White (James Toback, Id). Alors au plus bas,
Curtis Hanson lui offre un second rôle dans
Wonder Boys (2000). Puis, il est incarcéré, forcé d'annuler tous ses projets. Une semaine après sa libération et ne perdant pas de temps, il rejoint le casting de la série culte de l'époque,
Ally McBeal, où il devient durant une vingtaine d'épisodes le boyfriend de l'héroïne interprétée par
Calista Flockhart. L'acteur n'a rien perdu de son charme électrisant, il est nominé aux Emmy Awards, mais rapidement ses vieux démons reviennent à la charge : Robert est arrêté en possession de drogue et d'arme à feu. En avril 2001, alors que la saison d'
Ally McBeal touche à sa fin, son créateur et producteur,
David E. Kelley, furieux, le congédie et réécrit son final en conséquence. Repassant devant les tribunaux et forcé d'intégrer à nouveau un programme de réhabilitation, cette fois l'acteur semble prendre conscience qu'il ne peut pas continuer, il est décidé à changer et se soigner pour de bon. Après cinq années en spirale, il émerge enfin.
I'am Iron Man
Robert Downey Jr ressuscite progressivement sur les écrans dès 2003, où son vieil ami
Mel Gibson le pousse au casting de la comédie musicale
The Singing Detective (Keith Gordon). Le film n'est pas un succès mais le relance. La même année, en donnant la réplique à
Halle Berry dans
Gothika (
Mathieu Kassovitz), il sauve le film du naufrage intégral et en profite pour rencontrer durant le tournage sa nouvelle épouse, Susan Levin. Suivront le segment de
Steven Soderbergh pour
Eros (2004), et une adaptation méconnue de
Don DeLillo,
Game 6 (Michael Hoffman, 2005). Avec le très cool
Kiss Kiss Bang Bang (2005), Shane Black lui offre parmi les meilleures critiques de sa carrière. Il poursuit avec un second rôle dans
Good Night and Good Luck de
George Clooney (Id), est rotoscopé dans l'adaptation de Philip K. Dick par
Richard Linklater A Scanner Darkly (2006), puis devient l'amant de
Nicole Kidman dans le biopic sur
Diane Arbus,
Fur (
Steven Shainberg, Id). Sa renaissance ne va alors cesser de s'imposer.
De son second rôle remarqué dans
Lucky You (
Curtis Hanson, 2007), où il est très occupé avec ses multiples téléphones, à
Zodiac de
David Fincher (Id), pour lequel il devient Paul Avery, journaliste traquant le célèbre tueur en série de San Francisco, Robert Downey Jr éblouit de par sa présence et l'étonnante ambigüité de son jeu. Mais il lui faut attendre 2008 pour enfin décrocher la consécration tant attendue et méritée. D'abord avec son interprétation du playboy millionnaire qui en découvrant l'altérité devient super héros, Tony Stark dans
Iron Man de
Jon Favreau, puis celle, plus comique mais non moins brillante, de Kirk Lazarus dans
Tonnerre sous les Tropiques de
Ben Stiller. Après avoir été nominé à l'Oscar pour son rôle d'acteur soldat par accident chez Stiller, il deviendra
Sherlock Holmes pour
Guy Ritchie (2009), puis Steve Lopez pour
Joe Wright dans
The Soloist. Avant de reprendre son costume de super héros dans
Iron Man 2 (2010), peut-être le plus grand rôle de sa carrière. Probablement le plus classe et émouvant. Oui on aime Robert Downey Jr, définitivement.