Robert Guédiguian est né à Marseille où il a grandi dans le quartier de l'Estaque. Ses origines, comme beaucoup de Marseillais, sont mêlées, arménienne par sa mère et allemande par son père. Fils de docker, il est très tôt marqué par la condition ouvrière qui plus tard aura un important impact sur sa carrière cinématographique et ses idées politiques, de tendance plutôt marxiste. Mais avant de passer derrière une caméra, Guédiguian s'engage dans des études de sociologie, à la faculté d'Aix en Provence, où il fait la connaissance de sa future compagne et actrice privilégiée, sa muse,
Ariane Ascaride, grâce à laquelle il partira pour Paris où elle s'inscrit au Conservatoire d'Art dramatique. Ne trouvant pas dans la politique les moyens de s'exprimer, il se tourne vers le cinéma. Grâce à René Féret, il commence à travailler d'abord sur une adaptation de Berlin Alexanderplatz, mais elle ne verra jamais le jour. Guédiguian participe alors au scénario de
Fernand (René Féret, 1980), puis tourne enfin son premier long métrage en 1981,
Dernier été.
Dernier été pose les bases du cinéma de Guédiguian, il sera en quelque sorte la matrice de ses films à venir. Très influencé par
Pasolini, qu'il qualifie comme son compagnon de route, on remarque dès cette première œuvre sur la vie d'un groupe d'ouvriers et de chômeurs, à Marseille (territoire qu'il quittera rarement), un rapport entre le réalisme et la métaphore, entre le concret et l'abstrait. L'importance des décors, la véracité des situations, la prégnance du contexte, l'authenticité des corps et la générosité qu'il a à les filmer, l'obsession pour la communauté et les laissés pour compte du système, la mise en scène, entre cinéma-vérité et néo-réalisme, tout ceci servira en partie de base à Guédiguian pour un cinéma du social et des idées, quelque chose à la fois d'humain, sensible, mais politique dans l'observation de ses contemporains, sans jamais désavouer son affection pour le récit et la symbolique, un goût pour la tragédie. Dès
Dernier été on retrouve également ceux qui feront partie de la famille Guédiguian,
Ariane Ascaride et Gérard Meylan, rejoints bientôt par
Jean-Pierre Darroussin dans
Ki lo sa ? (1985), son second film.
Durant les années quatre-vingt Guédiguian reste un cinéaste confidentiel. Après
Ki lo sa ?, qui confronte l'idéalisme et la triste condition d'un groupe de trentenaire perdus dans les souvenirs de leur enfance, il y aura
Rouge Midi (Id), tentative de saga familiale et historique auscultant la mort d'un quartier au fil du temps, puis
Dieu vomit les tièdes (1989), sur les retrouvailles d'une bande d'amis, tous un peu paumés, et qui autour d'un verre dans un café du quartier de l'Estaque ressuscitent un peu de leur jeunesse, ce qu'ils en ont perdu, comment ils ont divergé ou trahi leur promesses d'antan. Récit d'une génération encore, égarée dans ses idéaux, mais qui pour l'un d'entre eux s'accroche et croit bon, malgré tout, de continuer à y croire même désespérément. Après quelques années d'absence, Guédiguian revient en 1993 avec
L'argent fait le bonheur, fable sociale et politique toujours avec la religion en arrière plan, puis il enchaîne sur
A la vie, à la mort (1995), un hymne à la solidarité qui démontre qu'après des premiers films plus désespérés, le cinéaste retrouve le goût du combat, des possibles, manière de moins se replier dans la défaite et la désillusions de ses idéaux.
Mais ce n'est qu'en 1997, grâce à
Marius et Jeannette, que Guédiguian connaît enfin une totale reconnaissance critique et son premier succès public. Cette romance, toujours en milieu populaire et avec une vive critique sur son époque, vaut alors un César d'interprétation à
Ariane Ascaride. Le film fait surtout mieux connaître Guédiguian dont les films sont désormais attendus. Pour l'auteur ce sera une occasion, sans trahir son cinéma, de le diversifier. Suivent ainsi
A la place du coeur (1998), proche par aspects du film noir ;
À l'attaque ! (2000), une farce réflexive estampillée « conte de l'Estaque » ;
La ville est tranquille (Id), film choral noir et désespéré, souvent poussif et démagogique, sur la mort des communautés ;
Marie-Jo et ses 2 amours (2002), peut-être l'un de ses plus beaux films, un brillant mélodrame sur l'impossibilité d'avoir deux amours parfaitement identiques, avec en arrière-plan le regret, assumé, de la cité idéale ;
Mon père est ingénieur (2004), une fable audacieuse sur le devenir ensemble, la disparition des choses et la nécessité de continuer ;
Le Promeneur du Champ de Mars (2005), un biopic un peu décevant sur les derniers temps de François Mitterrand ;
Le Voyage en Arménie (2006), où l'auteur revient sur ses origines ; et enfin
Lady Jane (2008), un polar, un vrai, où il retrouve Marseille à travers une histoire de vengeance qui ne démentira pas son affection pour les œuvres classique de la tragédie.