Adoré des enfants et parfois détesté des parents, Robin Williams est devenu le chouchou des comédies familiales durant les années 90 où il a bâti une partie de sa carrière et sa renommée internationale. Il n'est pas un acteur de génie mais peut s'avérer certainement génial, admirablement doué pour les compositions cartoonesques. Sachant aussi prendre son spectateur par surprise dans des registres ou des genres où on ne l'attend pas, il sait se révéler d'une grande subtilité qui ne doit qu'à son intelligence et à son intime collaboration avec des cinéastes talentueux. Il évoque spontanément et mieux que personne cette image du clown triste, ce pitre un peu pathétique qui en a gros sur le cœur, naturellement doué pour l'amour, pétrie de générosité et d'envie de rayonner de bonheur, mais qui ne peut s'empêcher de sombrer dans la dépression, parfois la haine de soi, et dans son cas particulier, la drogue et l'alcool. Robin Williams un personnage drôle et émouvant mais pas facile, parfois un peu excessif et intrusif, imposant, presque gênant de part sa capacité à fondre dans les bons sentiments, sans porte de sortie, sans respiration. Il fait partie de ces timides qui ont grandi en solitaire, fils unique avec leur imaginaire comme seul compagnon, pour lui près de Detroit, la ville froide et industrielle du Michigan, pas le meilleur endroit pour prendre goût à la vie. Son histoire est celle d'un jeune homme de 16 ans qui un jour, en partant voir
2001 l'odyssée de l'espace de Kubrick, se prend soudainement de passion pour la comédie. Peut-être a-t-il décrypté un message personnel dans l'énigmatique monolithe noir du film ?
Premiers pas
Ainsi Robin Williams fait ses premiers pas sur scène au lycée, avant d'intégrer quelques années plus tard la très prestigieuse Julliard School à New York, où parmi les 20 étudiants sélectionnés cette année là, il côtoie le jeune Christopher Reeves (son ami), bientôt promis à jouer le rôle de sa vie,
Superman. A la Julliard School, Williams se forge en jouant les classiques sous la direction de John Houseman, tout en gagnant de l'argent de poche dans les rues de la ville comme mime. Après trois années d'études méthodiques, théoriques, pratiques, il rentre à San Francisco où il avait déménagé adolescent avec sa famille. Il commence alors à se lancer dans le stand-up et l'improvisation, un genre dont le public américain est friand et qui a fait la gloire de nombreuses stars de la comédie américaine. Il fait ainsi la tournée des clubs, se produit souvent sur scène, puis s'envole pour Los Angeles dans l'espoir de donner un peu de carburant à sa carrière. En 1976, à 26 ans, il se fait alors connaître au Comedy Store, un club de L.A réputé pour avoir servi de bastion au
Young Comedians Specials de la chaine câblée HBO. L'acteur remporte vite un franc succès : il est énergique, drôle, s'inventant un look dégingandé, sorte de clown moderne habillé avec des vêtements trop larges. Il fait ensuite ses premiers pas à la télévision en 1977 dans
The Richard Pryor Show puis
Laugh-in, avant d'enchaîner quelques série comme
Huit, ça suffit et
Happy Days, et bientôt grâce à cette dernière expérience,
Mork & Mindy (1978/1982) qui le rend célèbre auprès du grand public. La série raconte les aventures d'un extra-terrestre (Williams), venu sur Terre pour étudier le mode de vie américain. L'acteur sera récompensé d'un Golden Globe pour sa performance hilarante en 1980.
Il y a de la coke dans les épinards ?
Le succès du show aidant (il crée aussi sa propre émission sur HBO en 1978,
Off the Wall), Williams est repéré par le doué et respecté
Robert Altman qui lui offre le rôle principal de l'un de ses films les plus étonnants, et parfois méconnus,
Popeye (1980). Une adaptation du célèbre personnage nourri aux épinards. Hélas, le film est un échec, et si le héros enquille les conserves de légumes verts pour son fer, pendant ce temps l'acteur s'en met plein les narines en prenant un peu trop goût à la cocaïne. L'acteur en fait ici des tonnes, vraiment des tonnes, au point qu'il rend le film pénible à regarder, et que plus tard, dans ses spectacles de stand-up, le comédien prendra cette triste expérience comme motif d'autodérision (pourtant le film n'est pas si déshonorant qu'on le dit). Mais ses affaires de drogue le rattrapent : en 1982, lui et
Robert De Niro sont accusés d'avoir été les dernières personnes ayant vu en vie l'acteur John Belushi, mort d'une overdose de cocaïne et d'héroïne dans le célèbre Château Marmont Hotel de Los Angeles. Le décès violent et soudain de son ami le convainc alors d'arrêter la dope et de se consacrer à son métier. Ainsi décroche-t-il son second rôle sur grand écran,
Le monde selon Garp (George Roy Hill, 1982), une adaptation du roman de
John Irving ouvrant sa première interprétation dans un registre comique mais surtout dramatique. John Lithgow et
Glenn Close avec qui il partage l'affiche seront nominés aux Oscars, et le film remporte un certain succès d'estime malgré des critiques mitigés. Il s'agit pourtant d'une des plus belles performances de Robin Williams, drôle, touchante, sensible, aérienne et délicate.
Good morning Robin Williams
Suivront quelques séries télé, des productions mineures ou oubliées comme les comédies
The Survivors (Michael Ritchie, 1983) avec Walter Mathau,
Moscou à New York (Paul Mazursky, 1984), ou encore
Club Paradise d'
Harold Ramis (1986) avec Peter O'Toole. C'est en 1987 que sa carrière explose enfin en salles et que l'acteur acquière une popularité d'envergure internationale grâce à
Barry Levinson et son
Good Morning Vietnam. Williams y interprète un présentateur radio à Saigon durant la guerre. Inspiré d'un personnage réel, l'acteur joue à merveille d'un ton irrévérencieux, de punch lines improvisées, balançant ses tubes pour remonter le moral des troupes. Le film est un succès en salles et le comédien est nominé aux Oscars et récompensé d'un Golden Globe. Après une apparition dans
Le Baron de Munchausen (1988) pour
Terry Gilliam, Williams séduit chez
Peter Weir avec
Le Cercle des Poètes Disparus (1989), l'un de ses rôles les plus célèbres : un professeur d'anglais amateur de poésie prônant l'hédonisme et la liberté à ses élèves enthousiastes. Cette ode à l'émancipation, la culture, l'estime de soi, dans laquelle l'acteur campe un personnage éloigné de ses rôles comiques habituels, réussit à l'imposer comme un acteur de premier plan connu de tous. Son personnage deviendra l'archétype du professeur idéal. Il enchaînera par la suite sur des genres différents avec
Cadillac man (Roger Donaldson, 1990),
L'éveil (Penny Marshall, Id),
Dead Again (
Kenneth Branagh, 1991), jusqu'à s'accomplir dans
Fisher King (
Terry Gilliam, Id) en clochard céleste.
Famille mon amie
Incontournable aux débuts des années 90,
Steven Spielberg l'appelle pour lui donner le rôle principal de sa relecture de Peter Pan,
Hook (1991). Hélas le film n'est pas à la hauteur des attentes artistiquement parlant (il est soporifique, manquant d'épaisseur, d'énergie, de souffle épique ou de vision), mais l'accueil en salles est plutôt bon. Fidèle à
Barry Levinson, celui-ci lui offre un film a priori à sa mesure,
Toys (1992) ou l'histoire d'un militaire héritant d'une usine de jouets. Le film est un échec. Sur quoi Williams rebondit l'année suivante avec la comédie familiale de
Chris Columbus revisitant le mythique
Tootsie avec
Dustin Hoffman,
Madame Doubtfire (1993). Grimé, l'acteur joue un comédien divorcé qui se déguise en gouvernante pour travailler dans sa propre famille. Du comique de situation bourré de connivence, beaucoup de composition pour Williams qui s'amuse et prend un plaisir manifeste : un succès monstre au box office. Le film ouvre alors une longue parenthèse familiale qui éclipse ses rôles dramatiques précédents, au point de donner le sentiment que l'acteur n'a rien fait d'autre. Suivront ainsi
Neuf mois aussi (Id, 1995),
Jumanji (Joe Johnston, Id),
Flubber (Les Mayfield, 1997),
Docteur Patch (Tom Shadyac, 1998), ou encore
L'Homme bicentenaire (Chris Columbus, 1999). Des films qui lui donnent une image, une étiquette, non pourtant sans nuance parfois.
Will Hunting et dérives
Mais en parallèle de cette nouvelle carrière, Williams continue d'aborder des projets différents.
Coppola en fait ainsi son héros dans
Jack (1996), ou l'histoire délirante d'un enfant grandissant quatre fois plus vite que la normale : un film emblématique du réalisateur malgré ses faiblesses, et un rôle tout aussi symbolique pour l'acteur. En 1997 il est également à l'affiche pour
Woody Allen d'
Harry dans tous ses états, puis surtout de
Will Hunting de
Gus Van Sant, pour lequel il remporte enfin l'Oscar tant attendu. Son personnage de thérapeute aidant
Matt Damon en surdoué et génie des mathématiques demeure peut-être l'un des plus grands rôles de sa carrière. Emouvant, humain, d'une empathie de chaque instant, il distingue sans cesse les sentiments de l'intelligence, livrant avec finesse une étude des comportements sur laquelle l'autre peut se reposer en parfait miroir de lui-même. Williams devient alors l'un des comédiens les plus versatiles et inattendus, capable du meilleur comme du pire. Hélas, malgré sa récompense en poche, la carrière de Williams ne cesse ensuite de plus ou moins décliner et de multiplier les échecs :
Jakob le menteur (Peter Kassovitz, 1999) ; un rôle à contre emploi raté d'employé de labo photo voyeur dans le navrant
Photo obsession (Mark Romanek, 2002) ; l'inédit
Créve, Smoochy crève, comédie de et avec
Danny DeVito (Id) ; un peu mieux, il est le meurtrier manipulant
Al Pacino ayant tué son collègue par erreur dans
Insomnia (Id), thriller et remake de
Christopher Nolan. En 2004, après être remonté sur les planches pour sa première représentation en stand-up depuis une vingtaine d'années, il s'essaie sans succès au thriller S.F avec
Final cut (Omar Naim), avant de jouer pour l'acteur
David Duchovny dans son premier film (indépendant)
House of D (id).
Fin de parcours ?
En ces années 2000, la grande époque de Williams est bien derrière lui, elle n'est qu'un souvenir. Rares sont les studios ou les auteurs à faire appel à lui, l'acteur n'est pas très vendeur, sa côte a chuté. Personne n'a vu par exemple
The Big White (Mark Mylod, 2005) et
The Night Listener (Patric Stettner, 2006) ; même lorsque
Barry Levinson l'emploie dans son
Man of the Year (Id), une satire évidente de l'Amérique de Bush et de son système et paysage électorale, le film reste inédit en salles en France. Guère mieux,
Camping car de Barry Sonnenfeld (Id) n'a droit qu'à une sortie technique chez nous et passe inaperçu sauf de quelques esthètes. Il faut donc attendre fin 2006 pour retrouver Williams dans un second rôle au sein d'une production poids lourds,
La Nuit au musée (
Shawn Levy) avec
Ben Stiller. L'acteur joue un désopilant Teddy Roosevelt nous rappelant avec joie combien il a su aussi nous faire rire. Mais très vite un film en chasse un autre,
Permis de mariage (Ken Kwapis, 2007) comédie sentimentale poussive, ne donne pas l'ampleur du talent de Williams. Dans un autre genre,
August Rush de Kirsten Sheridan (Id), petit mélodrame aux allures de conte moderne sirupeux et prosélyte, se fait massacrer par la critique. Tombé en disgrâce, Williams continue malgré tout de tourner, il est ainsi attendu dans
Shrink (Jonas Pate, 2009) avec
Kevin Spacey, la comédie
World's Greates Dad (Bob Goldwhait, Id) et
Old Dogs (Walt Becker, Id), dernier film avec feu Bernie Mac. Difficile d'attendre aujourd'hui quelque chose de Robin Williams, on ne sait plus le situer : pas forcément drôle dans les comédies, rarement convaincant lorsqu'il est sérieux, il semble voué à chercher sa place. Et si en définitive, il était un acteur énigmatique dont nous n'avons pu encore mesurer tout le talent ?