Romain Goupil fait rimer militantisme et cinéma depuis près de quarante ans. Fils d'un chef opérateur (voir
Le Père Goupil, CM, 1980), il réalise ses premiers films courts durant sa scolarité au lycée Condorcet. D'abord programmés sur l'ORTF,
L'Exclu (1968) et
Ibizarre (1969) sont finalement censurés en raison de leur haute teneur politique, Goupil étant à l'origine de la création en 1967 des Comités d'action lycéens. Après avoir été en première ligne, caméra en bandoulière, durant les manifestations de mai 68, il se professionnalise et suit les traces de son père pour le compte de Michel Gast (
Céleste, 1970) ou d'Yves Boisset (
L'Attentat, 1972). Avant de devenir l'assistant de Robert Menegoz (
Société anonyme, 1974),
Chantal Akerman (
Les Rendez-vous d'Anna, 1978),
Roman Polanski (
Tess, 1979),
Andrzej Wajda (
Les Possédés, 1988) ou
Jean-Luc Godard (
Sauve qui peut (la vie), 1980).
Après son quatrième court,
Coluche président (1981), Goupil se lance dans un vaste projet autobiographique traitant de ses années d'activisme au sein de la Ligue communiste. Le premier volet, le long-métrage
Mourir à trente ans (1982) est un émouvant portrait de la génération militante née de Mai 68, traitant du quotidien du cinéaste et de son défunt ami Michel Recanati, construit à partir de ses films de jeunesse, de reportages et de témoignages. Encensé par la critique, il reçoit de nombreuses récompenses, notamment le Prix de la Jeunesse et la Caméra d'or au festival de Cannes ainsi que le César de la meilleure première œuvre.
L'année suivante, Goupil s'essaye à la fiction avec le thriller estampillé de gauche
La java des ombres (1983) mais l'échec du film retarde la concrétisation de ses prochains projets. Il lui faudra en effet attendre la fin des années 80 pour espérer tourner à nouveau. Oscillant alors entre télévision, court-métrage à la Perec (
Je ne me souviens pas, 1990), film policier faisant dans l'autodérision (
Maman, 1990) et œuvre collective en faveur des prisonniers politiques (
Contre l'oubli, 1993), le réalisateur ne parviendra finalement à concrétiser le second épisode de sa trilogie politico-biographique qu'en 1994.
Documentaire à la première personne,
Lettre pour L..., à la manière de
Mourir à trente ans, veut se faire le témoin d'un épisode de la vie du cinéaste (la maladie de son ex-compagne, connue durant ses jeunes années de militantisme) perçu à travers le prisme d'événements collectifs (la guerre à Sarajevo, Belgrade ou Gaza), lui permettant de confronter ses illusions passées au monde d'aujourd'hui. Un questionnement qu'il prolongera et clôtura avec
À mort, la mort ! (1999), adapté de son roman éponyme (1998) où, dans un registre bien plus léger, il interprète un rôle qui lui ressemble : celui d'un ex soixante-huitard, devant faire face, non sans humour, à la mort de ses idéaux et, celle, nettement moins abstraite, de ses camarades de révolte.
Les convictions personnelles de Goupil l'ont notamment conduit à s'interroger sur des questions actuelles de société comme le port du voile islamique, par le biais de la fiction
Sa vie à elle (TV, 1996), ou la régularisation des sans-papiers dont il révèle les combines de racket dans le documentaire
Une Pure Coïncidence (2002). De manière similaire, son dernier film en date,
Quotidien Bagdad (TV, 2004), se fait le relais de sa prise en position en faveur de l'engagement de la France aux côtés des forces anglo-américaines en Irak.
En parallèle de son activité de cinéaste militant, Goupil fait aussi, de temps à autre, l'acteur, à l'image des apparitions chez
Tonie Marshall (
Vénus Beauté (Institut),1999),
Catherine Breillat (
A ma sœur ! , 2001) ou
Arnaud Desplechin (
Un Conte de Noël, 2008).