Né à Paris, Roman Polanski part s'installer à Cracovie avec son père en 1936. D'ascendance juive, il subit alors toutes sortes d'atteintes à son intégrité psychologique pendant la guerre. Après l'invasion du territoire ouest polonais par les troupes allemandes, il est contraint de vivre dans le ghetto de Cracovie mais évite la déportation. Sa mère meurt malheureusement à Auschwitz en 1941. Il conservera toute sa vie l'expérience de cette horreur, jusque dans ses films où ses personnages se débattent dans l'absurde tout en essayant de surmonter la réalité. S'échappant du ghetto, il se réfugie chez des fermiers avant de revenir à Cracovie où il survivra comme un vagabond grâce au marché noir et à l'entraide des autres enfants (un détail que l'on retrouvera plus tard dans son adaptation d'
Oliver Twist). Au lendemain de la guerre, déjà passionné par le cinéma, il fait un passage aux Beaux-Arts où il est pris pour ses talents de dessinateur. Intéressé par le métier d'acteur, il intègre la troupe La Joyeuse bande. Entre 1947 et 1953 il jouera diverses pièces comme Fils du régiment, mis en scène par Josef Karbowski, qui obtient un triomphe et lui ouvre les portes d'une carrière de comédien lui permettant de jouer dans le premier film d'Andrew Wajda,
Génération (1955).
En 1954 Polanski intègre l'institut du cinéma de Lódź où il réalise une série de courts-métrages vite remarqués pour leur audace et leur anticonformisme :
Le Crime (1957),
Un large sourire (id),
Cassons le bal (Id), tous témoignent déjà de son goût pour l'insolite, la violence et une certaine causticité. Il réalise également en 1958 une parabole sur l'absurdité plusieurs fois récompensée,
Deux hommes et une armoire, et signe avec
Quand les anges tombent (1959), son premier film à évoquer directement l'horreur de la guerre, longtemps avant
Le Pianiste (2002). Il réalise également à Paris grâce à un producteur et la collaboration de Jean-Pierre Rousseau
Le Gus et le maigre (1961), une comédie satirique où les acteurs évoquent les mécaniques du pouvoir et de l'avilissement.
Un cinéaste international
En 1962 après un long séjour à Paris, Polanski rentre en Pologne et tourne son premier long-métrage,
Le Couteau dans l'eau, coécrit avec le réalisateur
Jerzy Skolimowski. Le film met en scène un huis clos psychologique entre un journaliste sportif brutal, sa femme et un étudiant sur un voilier. Reprenant des thèmes déjà présents dans ses précédents films, Polanski développe ses principales obsessions comme la frustration, l'angoisse, l'aliénation sociale. Bien qu'il ne soit pas un pamphlet contre le mode de vie socialiste, le film met en question le climat politique de son époque. Il obtiendra vite un succès conséquent à l'international et un prix à la Mostra de Venise. Nominé aux Oscars du meilleur film étranger, il fait la couverture de Time Magazine. Rapidement Polanski croule sous les propositions. S'installant alors à Londres, il réalise avec
Catherine Deneuve le thriller paranoïaque et claustrophobique
Répulsion (1965), puis dans la foulée la comédie loufoque et grinçante
Cul-de-sac (1966) avec Donald Pleasance. Les deux films remportent respectivement l'Ours d'argent et l'Ours d'or à Berlin et marquent les débuts de sa collaboration avec le scénariste Gérard Brach.
En 1967 Polanski et Brach se retrouvent pour
Le bal des vampires, une relecture personnelle et parodique du film d'épouvante d'habitude plutôt vu à la Hammer Films. Si son approche du genre paraitra blasphématoire aux puristes, l'auteur témoigne encore de son affection pour la farce et l'absurde tout en prouvant ses capacités d'acteur (il tient le rôle principal). C'est aussi le premier film où apparaît celle qui deviendra son épouse, la sublime Sharon Tate. L'année suivante Polanski part à la conquête d'Hollywood avec son premier film américain,
Rosemary's Baby (1968), adapté du roman d'Ira Levin. Avec cette histoire de possession démoniaque, de secte satanique, d'enfant du diable dont
Mia Farrow serait enceinte, l'auteur resitue dans un récit à la frontière du fantastique et du cauchemar psychologique les grands thèmes qui l'obsèdent : la coercition d'un groupe sur un individu, l'influence et la perméabilité du doute et des croyances, la fatalité du destin, la folie contaminant le quotidien et ses espaces, l'angoisse du complot, la paranoïa ambiante, le tout sans jamais tomber dans le grotesque ni le ridicule, au contraire, en privilégiant une ambiance pesante, dérangeante et crescendo, faite de motifs instables et d'incertitudes permanentes. Le film obtient un triomphe en salles, il devient rapidement un classique du genre plusieurs fois récompensé, notamment pour le meilleur scénario, écrit par Polanski. Lui qui voulait faire des films d'auteur dans un cadre lui permettant d'avoir une large audience a réussi son coup.
Tragédie(s)
Hélas en 1969, alors qu'il prépare un nouveau film en Angleterre, Polanski est victime d'un événement tragique et morbide, l'assassinat de son épouse, Sharon Tate, enceinte de huit mois. Tuée sauvagement dans leur résidence californienne par des membres de la secte de Charles Manson, l'affaire s'étale dans les médias. Elle deviendra l'un des faits-divers majeurs liés à l'émergence des tueurs en série aux Etats-Unis, et aura un impact profond dans l'opinion publique et le regard de la société américaine sur les mouvements hippies auxquels malheureusement le crime sera associé. L'événement contaminera également de manière durable le cinéma américain de cette époque, en terme de psychologie historique, il aura un impact foudroyant. Dépressif, anéanti, Polanski trouve malgré tout le courage de réaliser en Angleterre une version violente et désespérée de
Macbeth (1971), produite par
Hugh Hefner, fondateur de Playboy, puis
Quoi ? (1972), une comédie surréaliste et absurde avec
Marcello Mastroianni. Le film recevra un accueil très mitigé.
En 1974 Polanski retrouve le succès en salles avec
Chinatown, où pour la première fois il explore le film noir tout en s'amusant avec ses codes. Offrant la vedette à
Jack Nicholson,
Faye Dunaway et
John Huston, le film obtient onze nominations aux Oscars et rafle quatre Golden Globes. Il restera comme l'un des plus célèbres de son auteur, qui deux ans plus tard part tourner en France
Le Locataire (1974), d'après un roman de
Roland Topor et sur un scénario de Gérard Brach. Polanski y tient le rôle principal aux côtés d'
Isabelle Adjani. Le film ressemble à une fable anxiogène et paranoïaque, proche parfois du délire hallucinatoire, de la folie, du cauchemar. Hélas, le climat étouffant du film, très palpable, presque suintant, enthousiasme la critique pour qui il restera comme un de ses meilleurs, mais fait fuir les spectateurs, embarrassés, gênés devant une œuvre peu aimable. Si
Le Locataire ne l'empêche pas de rester dans le giron des cinéastes internationaux les plus plébiscités, une triste affaire de viol présumé qu'il aurait commis sur une jeune fille de 13 ans aux Etats Unis en 1977, l'embourbe dans un procès où il finira par plaider coupable puis par fuir le pays afin de s'installer en France. Sa nationalité française acquise à sa naissance l'empêchant alors d'être extradé. L'affaire finira par un accord à l'amiable entre les parents de la jeune fille et Polanski. Toutefois du fait d'une éventuelle nouvelle sentence, il est forcé d'éviter tout séjour sur le territoire américain. Plus tard, il déclarera également dans son autobiographie que cette affaire ne fût qu'une machination fomentée par la mère de Samantha Geimer, la prétendue victime, qui après
Le Pianiste se déclara favorable à son retour aux USA.
Exil
Installé en France, il s'attelle à un nouveau projet avec l'aide de Gérard Brach,
Tess (1979), une adaptation de Thomas Hardy avec Nastassja Kinski. Le film raconte l'histoire et les malheurs d'une jeune paysanne sous l'ère victorienne. Dans un style romantique et mélodramatique de facture plus classique mais à la violence contenue, il reçoit rapidement une nuée de prix (Césars, Oscars), qui feront de l'œuvre une des plus populaires de Polanski car une des plus accessibles. Prenant alors quelque peu ses distances avec le cinéma, il publie en 1984 son autobiographie,
Roman par Polanski (Laffont), puis repasse enfin derrière la caméra en 1986 avec
Pirates, produit par le tunisien Tarak Ben Hammar. Cet hommage à Stevenson et aux films d'aventures exotiques qui ont fait les beaux jours des serials hollywoodien s'avère malheureusement un fiasco artistique et commercial. Le cinéaste change alors d'ambiance et s'engage sur les pas d'
Hitchcock pour le thriller parisien
Frantic (1988), avec
Harrison Ford et
Emmanuelle Seigner, qui deviendra son épouse. Le succès du film lui permet de prendre son temps et de réaliser quatre ans plus tard
Lunes de fiel (1992), un thriller érotique raté, puis
La Jeune fille et la mort (1994), un huis clos psychologique adapté de la pièce d'Ariel Dorfman. Hélas le succès n'est pas au rendez-vous et les films sont peu appréciés par la critique. De même, son retour pourtant sympathique au fantastique dans une ambiance bouffonne et très BD avec
La Neuvième Porte (1999), où
Johnny Depp traque les démons, en laissera beaucoup sceptiques et peinera à rembourser sa mise.
Après plusieurs années de succès mitigés, Roman Polanski fait enfin un come-back fracassant en 2002 avec
Le Pianiste, où en adaptant l'autobiographie du pianiste et compositeur polonais Wladyslaw Spzpilman, il évoque les années d'occupation dans le ghetto de Varsovie, un sujet très personnel. Le film reçoit une constellation de prix dont la Palme d'or à Cannes, le César du meilleur film et l'Oscar du meilleur réalisateur, coproduction internationale oblige. Adrien Body tenant le rôle principal reçoit également l'Oscar et le César du meilleur rôle masculin, du jamais vu. Polanski adapte ensuite Hedda Gabler au Théâtre Marigny avec
Emmanuelle Seigner dans le rôle principal (ce n'est pas sa première mise en scène au théâtre), puis s'attaque à l'adaptation d'
Oliver Twist (2005), qui ne remporte pas le succès escompté en salles. Il revient alors au théâtre pour
Doute avec
Thierry Frémont, tente de se lancer dans un péplum,
Pompeii, qui ne verra par le jour, participe au film collectif pour le soixantième festival de Cannes,
Chacun son cinéma ou ce petit coup au cœur quand la lumière s'éteint et que le film commencer (2007), et prépare l'adaptation d'un roman de Robert Harris,
The Ghost (2009), avec
Pierce Brosnan,
Nicolas Cage et
Tilda Swinton.
En septembre 2009, alors qu'il se rend au Festival du film de Zurich qui lui rend hommage, Roman Polanski est arrêté par la police suisse, qui exécute un mandat d'arrêt américain vieux de trente ans concernant l'affaire Samantha Geimer. Si la Suisse décidait d'extrader le cinéaste, il pourrait finir ses jours en prison aux Etats-Unis.