Acteur, producteur, réalisateur, Ron Howard navigue à Hollywood depuis sa petite enfance. Fils de l'actrice Jean Speegle Howard et du réalisateur, écrivain, acteur Rance Howard, il fait ses débuts devant les caméras dès l'âge de deux ans dans
Frontier Woman (Ron Ommond, 1956) aux côtés de son père. Dès lors, il ne cessera plus de tourner, devenant l'un des enfants stars les plus célèbres et durables de sa profession. De 1959 jusqu'au milieu des années 70, il apparaît ainsi dans une kyrielle de séries télé comme
Dobie Gillis (1959-1960),
Denis la petite peste (Id),
Le Fugitif (1964),
Ah ! Quelle famille (1971-1972),
Bonanza (1972),
M.A.S.H (1973) et surtout
The Andy Griffith Show (1960-1968), dans laquelle il joue durant 210 épisodes, puis le mythique
Happy Days (1974-1984) où il interprète l'inoubliable Richie Cunningham. Connu de tous les Américains, et bien au-delà, il est alors vite appelé par le grand écran.
On l'a vu notamment chez
Vincente Minnelli dans
Il faut marier papa (1963), plus tard chez
George Lucas pour son célèbre
American Graffiti (1973), ou encore aux côtés de
John Wayne pour Don Siegel dans
Le Dernier des géants (1976). Mais Ron Howard convoite très vite d'autres ambitions qu'une simple carrière d'acteur. Dès 1969, alors qu'il est encore adolescent, il s'initie à la mise en scène et enchaîne trois courts métrages :
Old Paint,
Deed of Darring-Do et
Cards, Cads, Guns Gore and Death. Celui qui a grandi sur et avec le petit écran ne se ménage pas, tout en continuant à tourner dans
Happy Days, il suit des cours de réalisation à UCLA. Ainsi peut-il tourner son premier long en négociant un deal avec le célèbre producteur
Roger Corman, qui lui permet de réaliser la série B
Grand Theft Auto (1977) en échange d'une apparition comme acteur dans
Eat My Dust (Charles B. Griffith, 1976).
Splash et cocons
Il délaisse alors progressivement sa carrière d'acteur pour se consacrer à la réalisation. Après quelques téléfilms comme
Cotton Candy (1978) et
Skyward (1980), il revient au cinéma en 1982 avec la comédie
Les croque-morts en folie, dans lequel il offre le rôle principal à son vieux complice et ami, Henry Winkler, alias Fonzie, son partenaire très très cool de
Happy Days. Le film ouvrant également une collaboration durable avec le producteur Brian Glazer, qu'Howard retrouvera tout au long de sa carrière. Le petit succès du film lui permet d'enchaîner deux ans plus tard sur son premier grand succès public international,
Splash (1984), où
Tom Hanks tombe amoureux d'une sirène jouée par Darryl Hannah. Cette comédie romantique produite par Disney et dont tout le monde se souvient pour de bonnes ou mauvaises raisons lui ouvre véritablement les portes d'Hollywood. Petit à petit, le jeune Richie Cunningham s'éloigne pour faire enfin place au réalisateur plébiscité par les studios.
Il hérite ainsi en 1985 du fameux
Cocoon, autre fable fantastico-romantique dans laquelle il fait tourner le vétéran d'Hollywood Don Ameche découvrant une source de jouvence dans des cocons extra-terrestre. Le film remporte un succès considérable au box-office international, et en dépit de ses qualités passables et de sa mise en scène sans brio, demeure encore l'un des films mythiques des années 80. Plus rien n'arrête alors Ron Howard qui l'année suivante retrouve
Michael Keaton sur la comédie
Gung Ho (1986), puis forme avec Brian Glazer la compagnie Imagine Films Entertainment. En 1988,
George Lucas fait appel à lui pour le film d'Heroic Fantasy
Willow. Célèbre depuis, parfois porté en très haute estime par une certaine génération qui l'a découvert enfant, le film reçoit pourtant à sa sortie un accueil timide de la part du public et des critiques. Malgré cet échec commercial, Howard rebondit et revient à des choses plus modestes et dans un tout autre genre avec
Portrait craché d'une famille modèle (1989), une comédie dramatique avec
Steve Martin. Drôle et intelligent, ce petit film sur les disfonctionnements familiaux, les joies et frustrations d'élever ses enfants, reçoit un accueil enthousiaste en salles et dans la presse.
Epreuve du feu et espace
Remis en selle, Howard revient à un budget plus conséquent pour ce qui demeure l'un des films les plus connus sur les pompiers,
Backdraft (1991), avec
Kurt Russell,
Robert De Niro, William Baldwin et
Donald Sutherland. Entre grand spectacle, thriller et mélodrame, le film remporte un succès mitigé. Malgré sa réputation principalement dû à ses effets pyrotechniques, rien de mémorable dans cette mise en scène académique qui sera, hélas, la signature de Ron Howard. Après avoir réuni le couple
Nicole Kidman et
Tom Cruise dans sa première romance historique,
Horizons lointains (1992), qui ne remporte pas le succès escompté ni en salles ni auprès de la critique, Howard retrouve
Michael Keaton sur
The Paper (1994). Signé du scénariste talentueux
David Koepp, interprété par
Robert Duvall,
Glenn Close ou encore Jason Robards, cette comédie dramatique sur les tabloïds recevra des papiers plus chaleureux sans toutefois exploser le box office. Il lui faut alors attendre l'année suivante avec la sortie d'
Apollo 13 (1995) pour enfin renouer avec le succès. Inspiré d'une histoire vraie autour d'une mission lunaire de la NASA en 1970, ce drame spatial avec
Tom Hanks,
Kevin Bacon,
Gary Sinise et
Ed Harris, fait rutiler les galons de l'héroïsme américain. Poli, consensuel, sentimental sinon mièvre, tout Ron Howard est résumé dans
Apollo 13, pourtant plébiscité par le public et différentes académies.
En 1996, changement de tonalité, Howard s'attaque au remake d'un thriller de 1956 alors avec Glenn Ford,
La Rançon, désormais interprété par
Mel Gibson, qui va tout faire pour récupérer son fils kidnappé. Probablement le film le plus noir de sa carrière, ce qui crée un résultat inégal - on ne se refait pas, rien de mauvais chez Ron Howard, sauf souvent ses films à la vision compassée, maladroite, plate, consensuelle, quand il ne sombre pas dans le pire malgré lui, par pêché de bons sentiments. Suite à ce petit écart, retour à la comédie avec
En direct sur Ed TV (1999), inspiré du film canadien
Louis 19, le Roi des ondes (1994). Le film suivant l'histoire d'un homme filmé en permanence pour la télévision. Hélas cette satire des reality show tombe mal, puisque
Peter Weir, sur un sujet similaire, a signé un an plus tôt le brillant
The Truman show (1998) avec Jim Carrey. Dont Howard pique la vedette en 2000 pour signer une comédie familiale à effets spéciaux,
Le Grinch, qui ne restera pas dans les mémoires malgré un succès énorme en salles.
Western et Da Vinci Code
Retour aux choses sérieuses en 2001 avec
Un Homme d'exception, première rencontre avec
Russell Crowe jouant l'histoire vraie du mathématicien atteint de schizophrénie John Forbes. En dépit d'une controverse sur la libre interprétation des faits, le film est largement plébiscité puisqu'il reçoit l'Oscar, ainsi que Ron Howard, sacré réalisateur de l'année. Rien pourtant de notable dans cette adaptation où le réalisateur s'évertue avec complaisance à traiter des pathologies de son personnage. On préférera son western
Les Disparues (2003) avec
Tommy Lee Jones et
Cate Blanchett, qui malgré un succès mitigé, révèle une réelle et solide appropriation des codes du genre dont Howard semble avoir parfaitement conscience. Probablement son chef d'œuvre. Mais si l'espoir d'un virage dans sa carrière s'est fait sentir l'espace d'un film, celui-ci est rapidement balayé avec
De l'ombre à la lumière (2005), seconde collaboration avec Russell Crowe pour un biopic sportif sur un boxeur. Bourré de sentimentalisme et puritain, cette ode à la seconde chance et au rêve américain trouve pourtant écho auprès d'une partie de la presse qui l'encense.
Tout en menant ses activités de producteur - on lui doit notamment pour la télévision les célèbres séries
24 et
Arrested Development (dans lequel il est le narrateur en voix off), qu'il doit notamment porter au cinéma en 2010 - , Howard revient vite derrière la caméra en 2006 en adaptant le méga best seller de
Dan Brown,
Da Vinci Code, avec
Tom Hanks et
Audrey Tautou. Désastre cinématographique, sans ambition, grotesque, hideux, le film profite néanmoins de l'important succès littéraire et cumule des recettes conséquentes en salles. Visiblement peu déconcerté par la médiocrité absolue de l'œuvre, Howard persévère avec Dan Brown puisqu'il réalise ensuite
Anges et Démons (2009), toujours avec Tom Hanks, mais cette fois
David Koepp au scénario, un gage de qualité. Entre les deux, Howard abandonne la mystique de bazar et le thriller à deux sous pour adapter la pièce de Peter Morgan,
Frost / Nixon, l'heure de vérité (2008), inspiré de la célèbre interview entre le meneur de talk show britannique David Frost et le président Richard Nixon après le scandale du Watergate en 1977. Largement nominé aux Golden Globes et aux Oscars (entre autres), le film reçoit un accueil chaleureux de la presse anglo-saxonne. A noter enfin que ses filles,
Bryce Dallas Howard et Page Carlyle Howard (qui doivent leur second prénom au lieu où elles ont été conçu : la ville de Dallas et l'hôtel Carlyle de New York), sont actrices, la première ayant été vue notamment dans
La Jeune fille de l'eau (
M. Night Shyamalan),
Manderlay (
Lars Von Trier) et
Terminator Renaissance (
McG, 2009).