Ron Perlman : si le public français a découvert son physique unique dans les films de
Jean-Jacques Annaud et
Jean-Pierre Jeunet, il est surtout célèbre outre Manche pour sa voix, qu'il a prêtée à de nombreux dessins animés et jeux vidéo. Originaire de New York et issu d'une famille juive, il grandit dans la Big Apple avant de poursuivre des études d'arts à l'Université du Minnesota. Après quelques débuts mineurs et peu concluants sur les planches ou à la télévision, il décroche un premier rôle au cinéma dans le film préhistorique de
Jean-Jacques Annaud,
La guerre du feu (1981). Immédiatement il en impose par son physique peu commun, sa stature impressionnante et son visage qui ne ressemble à aucun autre. Après quelques passages sans importance dans diverses séries télé, il retrouve les faveurs de
Jean-Jacques Annaud avec son thriller mystique,
Le Nom de la rose (1986), puis devient la star de la série
La belle et la bête (1987/1990) aux côtés de Linda Hamilton. Si sa carrière est lancée, l'acteur reste néanmoins cantonné à la série B et au genre auquel il ne réussira jamais à vraiment échapper.
Après
La Nuit déchirée (
Mick Garris, 1992), il fait la rencontre sur
Cronos (1993) d'un jeune réalisateur mexicain prometteur,
Guillermo del Toro. Le film signe les débuts d'une longue, fidèle et fructueuse collaboration entre les deux hommes qui se retrouveront près de dix ans plus tard sur
Blade 2 (2002), puis sur
Hellboy (2004) et sa suite
Hellboy 2 : les légions d'or maudites (2008), adaptation du comics éponyme où sous un maquillage sophistiqué, l'acteur interprète un super héros doué d'une force herculéenne, d'un humour de badass nourri à la culture geek, et d'une sensibilité de midinette. Demi-succès, les films n'en témoignent pas moins une affection sincère et palpable du réalisateur pour sa star, qui n'a rarement aussi bien été mise en valeur et convaincante. Sortant de
Cronos, Ron Perlman enchaîne sur le thriller
Romeo is Bleeding (Peter Medak, 1993) avec
Gary Oldman, s'égare dans un énième
Police Academy, multiplie les séries télé ou les productions de seconde zone, puis en 1995 devient la star du duo Caro et
Jean-Pierre Jeunet sur
La cité des enfants perdus. Le film jouant encore de son physique décalé, de sa taille de géant digne de
Freaks, l'acteur n'a pas de mal à trouver sa place dans le bazar imaginaire des deux réalisateurs. Dont il retrouvera
Jeunet en solo sur
Alien, la resurrection en 1997.
Ron Perlman, partout et nulle part
Si dès le milieu des années 90 on croise encore Perlman dans quelques productions visibles comme
L'ultime Souper (Stacy Title, 1995) ou le pénible remake de
L'île du docteur Moreau (John Frankenheimer, 1996), c'est à partir de cette époque que l'acteur commence à prêter sa voix à de nombreux dessins animés, pour la télévision en général, et à des jeux vidéo. Il est difficile de recenser la quantité de ses participations, qui vont de diverses adaptations des comics Marvel ou DC comme
Hulk,
Batman,
Justice League ou
Teen Titans, en passant par des séries telles que
Danny Phantom,
Afro Samurai,
Kim Possible et
Avatar. Côté jeu vidéo, on a pu entendre sa voix si marquée et singulière, dans
Fallout,
Halo 2 et 3,
True Crime,
Conan ou encore
Turok. Parallèlement à cette activité, il tourne régulièrement pour la télévision (une adaptation des
Sept mercenaires, 1998/2000), dans d'innombrables séries B sans envergure ou des productions ne franchissant pas nos frontières. Eternel second rôle, il erre d'un contrat à l'autre, cumulant depuis la fin des années 90 une centaine de participations diverses comprenant ses doublages.
En 2001 il recroise la route de
Jean-Jacques Annaud sur
Stalingrad. Un an plus tard il intègre le casting de
Star Trek: Nemesis (Stuart Braid, 2002), puis passe faire un tour dans le sympathique
Les Looney Tunes passent à l'action (2003) de
Joe Dante. Suivront pléiade de titres inconnus par chez nous où il prête sa figure :
Two Soldiers (Id),
Hoodlum & son (Id),
Quiet Kill (2004),
The Second Front (2005),
Missing in America (Id), avec
Danny Glover. Incapable de s'imposer, n'ayant alors jamais obtenu un premier rôle sauf chez del Toro, il continue pourtant de tourner continuellement, inlassablement, passant d'un
The Last Winter (Id) à
Five Girls (Id) et autres
The Mutant Chronicles (2008) ou
Outlander (Id). Champion du direct-to-video et des marchés du film, il est partout et nulle part, on l'entend beaucoup, son planning est ultra chargé, mais on n'est jamais sûr de finir par le voir. Il a ainsi près d'une dizaine de titres au chaud prêts à sortir sur on ne sait trop quel écran. Citons par exemple : le film d'horreur
I Sell the Dead (Glenn McQuaid) ; la comédie
Uncross the Stars (Kenny Golde), le thriller
Killer by Nature (Douglas S. Younglove), le film d'action avec
Josh Hartnett et
Demi Moore Bunraku (Guy Moshe) ; ou encore
The Dark Country (
Thomas Jane) et
Streetlight (Ian Sharp) un thriller anglais avec Terence Stamp. Acteur prolixe, stakhanoviste et étrangement peu visible sans dénicher d'obscures éditions DVD, Ron Perlman continue de mener sa barque dans les eaux cachées d'Hollywood, menant une carrière qu'il faudra un jour bien élucider.