Samuel L. Jackson trimballe sa coolitude aux allures de prince africain depuis près d'une trentaine d'années à Hollywood sans défaillir, pour le meilleur et pour le pire. Avec plus d'une centaine de films, séries ou doublages pour des dessins animés et jeux vidéo, il a réussi à s'installer confortablement comme l'une des figures et des voix les plus sympathiques du cinéma américain de ces dernières années. Elevé par sa mère et ses grands parents dans une famille modeste, il passe son enfance et son adolescence à Chattanooga dans le Tennessee, avant de s'inscrire au Morehouse College, à Atlanta, où il obtient un diplôme en art dramatique - initialement inscrit en architecture, il a choisi de bifurquer après quelques expériences sur scène. Il fait ses débuts, discrets, au cinéma en 1972 avec
Together for Day (Michael Schultz), puis s'oriente vers les planches, à New York, pour y interpréter divers rôles durant les années 70 et 80. En 1981, sa performance dans la pièce
A Soldier's Play attire l'attention d'un jeune réalisateur afro-américain qui comme lui est très attaché au mouvement des droits civiques,
Spike Lee. Si Jackson commence alors à faire davantage d'apparitions au cinéma, Lee lui confiera des petits rôles réguliers dans chacun de ses films :
Classe tous rires (1988),
Do the Right Thing (1989),
Mo' Better Blues (1990), jusqu'à
Jungle fever (1991), pour lequel il obtient un prix d'interprétation à Cannes.
Cantonné aux seconds rôle ou à de la simili figuration durant les années 80, Jackson commence à se faire remarquer aux débuts des années 90, où il obtient des personnages plus présents, notamment dans
Jeux de guerre (
Philip Noyce, 1992),
Menace II Society (Albert et Allen Hugues, 1993),
Jurassic Park (
Steven Spielberg, Id) et
True Romance (Id), de
Tony Scott d'après un scénario de
Quentin Tarantino. C'est ce dernier qui le révèle au grand public grâce à
Pulp Fiction (1994) où il est inoubliable en tueur à gage au look hérité d'un film de blaxploitation. Ses dialogues cultes rentreront dans l'histoire du cinéma et les deux hommes se retrouveront plus tard pour des rôles plus mineurs mais mémorables dans
Jackie Brown (1997) et
Kill Bill : volume 2 (2004).
Pulp Fiction propulse surtout sa carrière, Jackson devient l'une des stars préférées de son époque. Il est inoubliable aux côtés de
Bruce Willis dans
Une Journée en enfer (
Die Hard : With a Vengeance, John McTiernan, 1995), et de
Geena Davis dans
Au revoir, à jamais (Renny Harlin, 1996). Acteur prolifique avec un penchant pour le film d'action, il sait aussi s'investir dans des premiers films aux genres différents :
Sydney (Id), premier film de
Paul Thomas Anderson ;
Trees Lounge (Id), premier film de l'acteur
Steve Buscemi.
Jedi cool et nanars
Si à la fin des années 90 sa carrière commence à stagner (Renny Harlin toujours qui le tue au bout de vingt minutes dans
Peur bleue, 1999), Jackson rebondit vaguement grâce à
George Lucas lui offrant le rôle d'un Jedi dans sa nouvelle trilogie Star Wars :
La Menace fantôme (Id),
L'Attaque des Clones (2002) et
La Revanche des Sith (2005). Pourtant, s'il est parallèlement la star d'un remake dispensable de
Shaft (
John Singleton, 2000), s'il recroise
Bruce Willis en vilain dans le beau film de super héros dépressif
Incassable (
M. Night Shyamalan, Id), s'il amuse dans
Le 51e Etat (Ronnie Yu, 2001) ou s'il impressionne en arrière plan dans le génial
Basic (John McTiernan, 2003), l'acteur va multiplier les apparitions dans des productions frôlant parfois le nanar.
xXx (
Rob Cohen, 2002),
S.W.A.T. unité d'élite (Clark Johnson, Id),
Instincts meurtriers (Philip Kaufman, 2004),
xXx 2 (
Lee Tamahori, 2005),
Des serpents dans l'avion (
David R. Ellis, 2006), tentent de capitaliser sur sa présence, parfois son humour, son sens de l'autodérision, mais sans vraiment convaincre. Fleurant dangereusement vers des rôles à cachetonner sans se soucier de la qualité des films dans lesquels il joue, on croit enfin à une résurrection artistique avec
Black Snake Moan (Craig Brewer, 2006), malheureusement vite contredite par
Chambre 1408 (Mikael Hàfström, 2007), où il apparaît 5 minutes,
Cleaner (Id), du has been Renny Harlin, ou encore
Jumper (
Doug Liman, 2008), le film qui va plus vite que son ombre où il joue ce sempiternel second rôle du type louche qui tire les ficelles.
Oscillant entre faire valoir pour navet et personnage principal de films non distribués en salles en France (
Freedomland,
Home of the Brave,
Resurrecting the Champ), ce qui n'est jamais bon signe, Jackson continue pourtant de mener activement sa carrière. Il apparaît brièvement après le générique de fin en Nick Fury dans le très réussi
Iron Man (
Jon Favreau, 2008), un autre personnage de comics auquel il accepte par ailleurs de prêter ses traits pour une récente version BD ; et est également attendu au casting de
Lakeview Terrace (Id) de
Neil LaBute,
Soul Men (Malcom D. Lee, Id) et
The Spirit (Id), l'adaptation d'un comics du célèbre
Will Eisner par le non moins célèbre
Frank Miller, qui réemploie ici le procédé technique et visuel de
Sin City. A noter enfin qu'il a prêté sa voix pour le jeu vidéo
Grand Theft Auto : San Andreas (Rockstar Games, 2004), pour le dessin animé de Pixar
Les Indestructibles (
Brad Bird, Id), et pour la version américaine de l'anime japonais
Afro Samurai (Takashi Okazaki, 2007, TV).