Sean Bean fait partie de ces acteurs européens régulièrement abonnés aux personnages de bad guy dans les productions hollywoodiennes. Son regard pénétrant, souvent empreint d'une grand dureté que viendra renforcer plus tard une cicatrice au-dessus de l'œil, son allure massive et son accent si spécifique du Yorkshire s'avèrent de fait autant d'attributs qu'il a su mettre en valeur dès les débuts de sa carrière de comédien. Son enfance est aisée en raison de la profession de son père, chef d'une entreprise d'argenterie où travaille également sa mère comme secrétaire. Il rêve de devenir footballeur professionnel, une passion qu'il gardera intacte au fil des années, mais une vilaine blessure à la jambe l'en empêche. A 16 ans, il décide de quitter l'école et se met à collectionner les petits jobs, avant de travailler pour le compte de son père en tant que soudeur. Il intègre alors le Rotherham College of Arts and Technology afin de suivre une formation en la matière, mais se découvre en lieu et place une passion pour l'art dramatique. Après s'être essayé à différents cours de théâtre, il fait ses premières armes dans les nombreuses pièces jouées au sein du Rotherham College puis au Rotherham Civic Theatre. En 1981, fort de cette expérience, il est reçu à la Royal Academy of Dramatic Art (RADA) dont il sort diplômé deux ans plus tard, avec en poche la médaille d'argent pour son interprétation dans la pièce de Beckett,
En attendant Godot.
La même année, il fait ses débuts professionnels en incarnant Tybalt dans le classique shakespearien
Roméo et Juliette au Watermill Theatre et opte définitivement pour la prononciation irlando-écossaise de son prénom. Afin de continuer à travailler, il accepte alors quelques spots publicitaires et des apparitions dans divers téléfilms et séries. Puis en 1986, il est engagé auprès de la prestigieuse Royal Shakespeare Company pour une durée de deux ans. Tournant à travers tout le pays, il participe à de nombreuses productions comme
Le Songe d'une nuit d'été. Il trouve néanmoins le temps d'apparaître dans
Samson and Delilah (Mark Peploe, 1985),
Caravaggio (Derek Jarman, 1986) et
Stormy Monday (
Mike Figgis, 1988), ses trois premiers films.
Du héros de la télé britannique au méchant de service
Une fois libéré de son contrat théâtral, Sean Bean ne va plus s'arrêter de tourner, principalement pour la télévision britannique dont il sera l'une des stars pendant près d'une décennie. A son actif, une quarantaine de téléfilms et séries dont la grande teneur historique semble liée à sa formation d'acteur classique. Parmi ses plus grands succès figurent les adaptations de
Clarissa (TV, 1991) et
Lady Chatterley (TV, 1993) dans lesquelles son physique à la fois rustre et séducteur fait merveille, ainsi que la série de 14 téléfilms
Sharpe (1993-1997) du nom du personnage éponyme que campe Bean, un sergent à l'ascension militaire fulgurante durant la Bataille de Waterloo. Pour autant, il ne délaisse pas le cinéma, sa nouvelle notoriété aidant. Ainsi il traverse pour la première fois l'Atlantique et affronte
Harrison Ford dans le deuxième volet de la saga Jack Ryan,
Jeux de guerre (
Philip Noyce, 1992) où il interprète un terroriste de l'IRA et dont il gardera du tournage sa fameuse cicatrice. Puis en 1995, c'est un peu la consécration : il est Janus, l'agent double, traître de sa Majesté, face au fringant James Bond incarné par
Pierce Brosnan dans
GoldenEye (1995) que met efficacement en scène
Martin Campbell.
Un acteur polyvalent
Semblant s'acclimater parfaitement aux mœurs hollywoodiennes, Bean enchaîne alors plusieurs films, qu'ils soient d'inspiration romantique (
Anna Karenine, Bernard Rose, 1997), d'action (
Ronin,John Frankenheimer, 1998) ou policier (
Pas un mot, Gary Fleder, 2001). Il est alors prêt pour le grand saut : la démesure du blockbuster. Il commence par le plat de résistance qu'est la trilogie du
Peter Jackson, 2001-2003) où il incarne Boromir, le fier Capitaine du Gondor, avant de s'essayer au cinéma d'anticipation avec les médiocres
Equilibrium (Kurt Wimmer, 2002) et
The Island (
Michael Bay, 2005). Puis, fidèle à son éclectisme, il continue de brouiller les pistes en participant aussi bien au film d'aventures light qu'est
Benjamin Gates et le trésor des Templiers (Jon Turteltaub, 2004) et l'
Iliade version musculeuse,
Troie (Wolfgang Peterson, id), qu'au drame intime mâtiné d'action que vit
Jodie Foster dans
Flightplan (Robert Schwentke, 2005). De même, il s'échine tout autant pour la louable adaptation du jeu vidéo
Silent Hill par
Christophe Gans (2006) que pour le drame poids lourd
L'Affaire Josey Aimes (Niki Caro, id) ou le piteux remake de
Hitcher (
Dave Meyers, 2007), l'auto-stoppeur psychopathe.
Toujours sur de nouveaux projets, Sean Bean sera prochainement à l'affiche d'une petite dizaine de films, entre autres Ca$h (Stephen Milburn Anderson, 2008) et A Woman of No Importance (Bruce Beresford, 2009). Signe que son aventure américaine n'est pas prête de s'arrêter.