Sean Connery a ce privilège parfois gênant qu'on eut peu d'acteurs dans l'histoire du cinéma, rentrer dans la culture populaire et être connu de tous sur plusieurs générations grâce à un personnage qui lui collera toute sa vie à la peau,
James Bond. Cet enfant d'Edinburgh, né dans un milieu modeste où son père est camionneur et sa mère femme de ménage, quitte l'école à quinze ans pour s'engager dans la marine nationale, juste à la sortie de la guerre. Obligé de quitter l'armée pour raisons médicales, il s'engage ensuite dans divers métiers tels que maçon, garde du corps ou vernisseur de cercueil, tout en se lançant dans le culturisme. Cette brève carrière de bodybuilder lui permet de se faire remarquer, on l'invite ainsi à se produire sur scène en 1951 dans une pièce intitulée
South Pacific. Convaincu et convaincant, il apparaît rapidement dans divers pièces, puis à la télévision et bientôt au cinéma, notamment :
Blood Money (Ralph Nelson, TV, 1957),
Train d'enfer (Cy Endfield, Id),
Au bord du volcan (Terence Young, Id),
Je pleure mon amour (Lewis Allen, 1958),
La Plus grande aventure de Tarzan (John Guillermin, 1959), ou encore
Anna Karenine (Rudolph Cartier, TV, 1961) et
Le Jour le plus long (Ken Annakin, Andrew Marton et Bernhard Wicki, 1962).
En 1961 Sean Connery participe à un concours organisé par le London Express afin de choisir l'acteur qui interprètera le héros de
Ian Fleming, l'agent secret 007. Il remporte le concours devant six cents autres candidats et incarnera ainsi ce héros promis à une célébrité mondiale durant six films qui feront de lui une star internationale. Son charme flegmatique, son élégance, son humour cynique, sa classe non dénuée de manière parfois un peu triviale voire franchement misogyne, l'imposent comme le nouveau sex symbol qui, de film en film, emballe les filles aussi vite qu'il déballe le lit dans lequel elles finissent toujours par se retrouver avec lui. Entamant après
James Bond contre Docteur No (Terence Young, 1962),
Bons baisers de Russie (Id, 1963) et
Goldfinger (Guy Hamilton, 1964) une carrière à l'étranger, il a du mal à se défaire, aux yeux du public, de l'image à laquelle il semble s'être identifié. Il tourne pourtant avec des réalisateurs célèbres et réputés (ou en passe de le devenir) tels que
Hitchcock pour
Pas de printemps pour Marnie (1964),
Sidney Lumet pour
La Colline des hommes perdus (1965),
Le gang Anderson (1971),
The Offence (1972) et
Le Crime de l'Orient-Express (1974), John Boorman pour
Zardoz (Id), John Millius pour
Le lion et le vent (1975),
John Huston pour
L'homme qui voulut être roi (Id).
Jamais, presque plus jamais
Si la plupart de ces réalisateurs ont tenté d'infléchir son personnage de 007 qu'il abandonne en 1971 après
Les Diamants sont éternels (Guy Hamilton), lui même travaille à casser sa propre légende en interprétant des héros vieillis ou faibles, de loser ou d'inadapté. En abandonnant James Bond, il se tourne volontiers vers des personnages individualistes et démystificateurs, jouant d'un humour distancié où il peut continuer d'imposer sa force physique. Vers la fin des années 70, il côtoie divers genres comme le thriller paranoïaque ou politique avec
Meurtre pour un homme seul (Richard C. Sarafian, 1976) et
Cuba (Richard Lester, 1979) ; la science fiction avec
Météore (Ronal Neame, Id) et
Outland (Peter Hyams, 1981) ; le conte fantastique avec
Bandits, bandits (
Terry Gilliam, Id) ; la satire avec
Meurtres en direct (
Richard Brooks, 1982). En 1983 il accepte de revenir sous les traits du héros qui a fait sa légende avec
Jamais plus jamais (Irvin Kershner), titre ironique qui joue avec son mythe pour en finir une fois pour toutes (le film est par ailleurs un James Bond non officiel, sans quoi ce retour aurait été impossible). Il incarne ensuite des figures tutélaires ou expérimentées où il met judicieusement à profit son âge et son autorité :
Highlander (Russel Mulcahy, 1986),
Le Nom de la rose (
Jean-Jacques Annaud, Id),
Les Incorruptibles (
Brian De Palma, 1987) ; et surtout
Indiana Jones et la dernière croisade (1989), où avec humour et malice il joue le père d'
Harrison Ford.
Au début des années 90 il obtient peut-être son dernier grand rôle, celui d'un commandant de sous-marin soviétique dans
A la poursuite d'Octobre rouge (1991) de John McTiernan, qu'il retrouve un an plus tard dans le sympathique
Medecine Man (1992) qu'il produit en partie. Toujours aussi charismatique, d'une présence inouïe et d'un charme qui ne connaît pas l'ingratitude de l'âge, il continue d'apparaître régulièrement durant toute cette décennie mais dans des films beaucoup moins convaincants qui pour la plupart n'auront pas grand succès :
Soleil levant (Philip Kaufman, 1993),
Juste cause (Arne Glimcher, 1995),
Lancelot (Jerry Zucker, Id). On le retrouve aussi au casting de quelques blockbusters sans intérêt tels que
The Rock (
Michael Bay, 1996) et
Chapeau melon et bottes de cuir (Jeremiah S. Chechick, 1998). En 1999,
Haute voltige (Jon Amiel), où il joue face à la belle Catherine Zeta Jones, fait d'abord penser à une ultime et désespérée entreprise de séduction d'un septuagénaire. L'année suivante,
Gus Van Sant lui confie un rôle à sa mesure où il s'avère convaincant dans
A la Rencontre de Forrester (2000), puis ultime baroud d'honneur, Sean Connery tourne un dernier film d'action, bourré d'effets numériques,
La Ligue des gentlemen extraordinaires (Stephen Norrington, 2003). Cette adaptation d'un comics d'
Alan Moore où l'acteur interprète l'aventurier Allan Quaterman s'avère un désastre. Connery, producteur, fait sa loi sur le tournage, le film ne ressemble à rien. Il décide alors de se retirer des écrans et refusera même de revenir dans un nouvel épisode d'
Indiana Jones, commentant que ça n'en valait pas la peine, qu'il préférait sa retraite.