Sebastián Silva




Encore peu connu en France, Sebastián Silva a travaillé avec quelques grands noms du cinéma méxicain et international, tels que Alejandro Gonzalez Inarritu, Guillermo Del Toro ou encore James Cameron.

Son deuxième film est un angoissant portrait de femme. L'histoire d'une nounou vieillissante qui ne veut pas laisser sa place, et terrorise ses rivales. Il revient sur ses influences, et son enfance entourée de nounous. Il nous explique d'où lui vient son attrait pour le sujet, très personnel puisqu'il a tourné le film dans sa propre maison familiale.  

Gare au gorille

 

Vos influences pour ce film ?

Je n'en ai pas vraiment d'un point de vue thématique. (...)
Je préfère garder de la fraîcheur et de la spontanéité.
Mais j'ai utilisé ce film de Woody Allen, Meurtre mystérieux à Manhattan. J'aime beaucoup la façon dont il filme. C'est Carlo Di Palma qui a fait la photographie. C'était une sorte d'influence, en terme de mise en scène, parce que c'était très spontané et très naturel. Et sinon j'aime beaucoup la mise en scène de Lars Von Trier dans Les Idiots, ou encore dans Dogville. Donc on a surtout utilisé des influences pour marquer nos frontières en terme d'esthétique, plus qu'en terme de narration.

D'où vient la colère de Raquel, l'héroïne de La Nana ?

La colère que Raquel développe contre les étrangers - en particulier les péruviens - montre sa peur de l'autre. Je pense que c'est parce qu'elle s'est construite autour de ces valeurs, comme les classes plus élevées de la société. Donc elle devient quelqu'un qui veut montrer sa supériorité. Elle est un peu perturbée. C'est une domestique, mais elle pense qu'elle appartient à la famille donc, une famille riche, et elle se sent supérieure aux autres domestiques. Quand elle se confronte aux autres nounous, elle est seulement en train de défendre son territoire, « sa » famille, et la petite affection que celle-ci lui porte.
(...)
Elle pense qu'elle peut perdre tout ça, c'est pourquoi elle riposte avec tant de colère.

La maison est un personnage à part entière de votre film

(...)C'est ma vrai maison, je veux dire, c'est là que mes parents vivent toujours ! C'est là que j'ai assisté à toutes ces « aventures de nounous ». Quand mes parents ont accepté de me laisser la maison pour le tournage, ce fut incroyable parce que j'écrivais le synopsis, et je savais exactement comment utiliser cet espace. C'est devenu vraiment organique, je savais tout sur chaque recoin de la maison, chaque atmosphère, les allées, la salle à manger, ce qui se passe quand le dîner est terminé, où les gens vont... Donc je savais exactement avec quoi je jouais, je connaissais mes ingrédients. J'avais la maison, et j'avais aussi Catalina (Saavedra) l'actrice principale à disposition.

La maison joue un rôle dans la psyché de Raquel. C'est sa prison en un sens, parce qu'elle est parquée là, et elle travaille là, 24h/24h, 7 jours sur 7, pour cette famille qui n'est pas sa famille, et devient claustrophobe. Mais d'un autre côté, elle n'a nulle part ailleurs où aller. Donc c'est son refuge et sa maison également ! Elle a vraiment une relation ambivalente avec cette maison, qu'elle nettoie, alors que c'est sa prison. Imaginez vous en train de nettoyer votre propre prison !...

 

- Lisez la critique de La Nana