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Le 21 octobre 2009, Simone Bitton nous livre Rachel, son second long-métrage documentaire après Mur sorti en 2004. Titré en un mot suffisant comme le précédent, il porte le prénom d'une jeune américaine tuée dans la bande de Gaza, alors qu'elle s'interposait entre un bulldozer israélien et une maison palestinienne. Echange avec une réalisatrice qui a choisi le documentaire comme moyen d'expression de la vérité.
- Lire la critique de Rachel
Comment le sujet de Rachel est-il venu à vous ?
Le jour de la mort de Rachel j'étais à Ramallah, en repérages pour Mur. J'ai appris la nouvelle à la radio. Quelques semaines plus tard, un autre jeune pacifiste étranger, Tom Hurndall, a reçu une balle mortelle tirée d'un mirador israélien. Puis le journaliste britannique James Miller a été tué par un char israélien dans la même ville, alors qu'il portait un drapeau blanc et un gilet marqué "Presse", et que son caméraman filmait la scène. Effrayée, j'ai alors pris une décision dont je ne suis pas fière : j'ai annulé le tournage à Gaza, et utilisé la vidéoconférence pour y aller sans y aller. Mais si les documentaristes cessent d'aller là où l'on ne veut pas d'eux, leur travail n'a plus de sens ! J'ai donc voulu, après Mur, consacrer un film entier à Gaza, et lorsque j'ai lu les emails de Rachel Corrie il m'a semblé qu'une enquête sur sa mort me permettrait de faire un tel film, à ma manière.
En quoi son histoire vous a-t-elle particulièrement touchée ?
L'histoire de Rachel n'a pas de happy end mais elle est de celles qui rendent le goût de l'engagement et du partage. En ce sens, Rachel commence là où Mur se terminait, et c'était une motivation très importante, une continuité dans ma démarche. Mais pour être tout à fait honnête, je dirais que l'essentiel c'est sans doute que Rachel Corrie est morte à 23 ans, que j'en ai 53, et que très banalement je fais le deuil de ma jeunesse. Rachel aurait pu être ma fille, elle est aussi la jeune fille que j'ai été. Elle a fait ce qui me touche le plus au monde : américaine, elle s'est démarquée de sa tribu, a refusé que l'on opprime en son nom. Ce choix, je l'ai fait à son âge, et il a guidé toute ma vie. J'ai donc fait ce film en partant de là : de ce sentiment profond d'intimité, de parenté avec cette jeune fille venue d'ailleurs pour mourir sur cette terre de malédiction dont je ne cesse, film après film, de documenter le malheur et la beauté.
Vous êtes d'origine juive marocaine et de double nationalité franco-israélienne. Votre nationalité israélienne vous a-t-elle aidée auprès de l'armée israélienne ?
Oui, cela aide un peu dans les contacts, parce que je parle hébreu notamment. Cela dit, je n'ai pas obtenu d'entretiens avec les officiers et soldats directement impliqués : j'ai parlé avec une porte-parole militaire dont c'est le métier d'exposer la version officielle et j'ai dû me contenter, pour les soldats, d'une interview filmée par une chaîne israélienne et de dépositions écrites obtenues par des voies détournées. Quant à l'ex-commandant de l'unité d'investigation de la police militaire, qui m'explique que son enquête était bâclée, il a quitté l'armée depuis. Le jeune soldat qui témoigne de dos m'a été présenté par un ami commun. Tout cela est facilité par mon expérience du terrain et de la langue, mais c'est surtout une question d'opiniâtreté et de rigueur. J'ai beaucoup insisté, je suis remontée très haut dans la hiérarchie, et j'ai attendu longtemps. C'est environ trois ans de travail, très dur et très intense.
Avez-vous voulu faire un film « à charge » contre l'armée israélienne, ou plutôt en forme de message de paix ?
Ni l'un ni l'autre. C'est un film qui raconte une histoire, et qui enquête rigoureusement, en laissant une place à l'imaginaire du spectateur. Je ne fais pas de films pour passer des messages, mais pour méditer sur des thèmes universels, à partir d'une réalité qui m'est proche et que je connais bien. Les films ne changent pas le monde. Ils expriment le regard de celui qui les fait, c'est tout et c'est déjà beaucoup. Rachel médite sur la guerre, la jeunesse, l'engagement politique. Il ne donne pas de leçons sauf, je l'espère, une leçon de rigueur documentaire.
Avez-vous déjà un nouveau projet en cours ?
Mon prochain film sera tourné en France. C'est tout ce que je peux dire pour le moment...
Propos recueillis par Julie Deh
- Lire la critique de Rachel
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