La comédie cantonaise des années 90 c'est lui, Stephen Chow. Il est le roi du genre, celui qui a fait exploser les box-offices, détrôné Jackie Chan, une immense star d'une incroyable popularité dans toute l'Asie, et désormais dans le monde entier depuis le succès phénoménal de
Shaolin Soccer (2001). Fan transi de
Bruce Lee dans sa jeunesse, il s'initie aux arts martiaux avant de tenter une percée aux courts d'art dramatique de la TVB, la chaîne de télévision des mythiques studios Shaw Brothers. Mais en vain. Il deviendra alors animateur d'une émission pour enfants (
430 Shuttle) où durant cinq ans il interprète The Black and White Vampire. Elle lui permet de faire ses preuves, de jouer dans diverses séries de la TVB en parallèle, tout en lui apportant une certaine popularité. Si Stephen Chow apparaît pour la première fois au cinéma dans
Cops (Raymond Lee, 1988), c'est grâce au polar
Final Justice (Parkman Wong, Id) que sa carrière cinématographique est lancée. Pendant un temps il va encore jouer dans des films d'action :
Dragon Fight (Billy Tang, 1989),
Thunder Cops 2 (Jeffrey Lau, Id),
Just Heroes (
John Woo, Id),
The Unmatchable Match (Parkman Wong, 1990), pour les meilleurs. Puis, très vite, il bifurque vers la comédie.
All for the Winner (Corey Yuen, 1990), une parodie de
God of Gamblers avec
Chow Yun-Fat, lui ouvrant la voie.
Stephen Chow se spécialise alors dans la comédie d'action, truffée de dialogues mitraillettes typiquement cantonais aux subtilités intraduisibles, d'un art du non sens qui lui appartient (le
mo lei tau), de grimaces à faire passer
Jim Carrey pour un acteur de théâtre Nô, et de références à n'en plus finir. Tous les genres passent alors à la moulinette du stakhanoviste (il tourne 5 à 10 films par an) : il continue sur la lancée du gambling avec
God of Gamblers 2 et 3 (Wong Jing, 1990-1991) ; obtient un triomphe avec la série des trois
Fight Back to School (Gordon Chan / Wong Jing, 1990-1993) qui recycle à sa façon
Un flic à la maternelle avec mille références à la culture hongkongaise ; rend enfin hommage à
Bruce Lee avec ses parodies de
La Fureur de Vaincre :
Fist of Fury 1991 (Choh Chung-sing, 1991) et
Fist of Fury 91 2 (Corey Yuen, 1992) ; enfile costume d'époque pour mélanger ses gags poids lourds aux chorégraphies du très doué Ching Siu-Tung dans
Royal Tramp et
Royal Tramp 2 (Wong Jing, 1992) ; crée la nuance en calmant ses délires au profit de belles scènes de combat dans
King of Beggars (
Gordon Chan, Id) ; et revisite encore et encore le wu-xia pian à toutes les sauces avec
Hail to the Judge (Wong Jing, 1994), et surtout le diptyque du
Roi Singe :
Le Roi Singe 1 : la boîte de pandore et
Le Roi Singe 2 : Cendrillon (1995), du plus grand parodiste du cinéma hongkongais, Jeff Lau.
(I'am the) King of Comedy
Parodie toujours sinon hommage, alors qu'il devient la plus grande star du cinéma hongkongais, Stephen Chow signe sa première réalisation :
Bons baisers de Pékin (1995). Comme le titre l'indique, Chow s'amuse ouvertement avec la figure de 007, recyclant l'univers de James Bond dans les moindres détails. Espionnage encore mais en costumes cette fois dans son film suivant, l'hilarant
Forbidden City Cop (1996), où en pleine Chine impériale il incarne un membre de la sécurité de l'empereur qui peu doué en arts martiaux se décide inventeur. Peu convaincu par ses talents, l'empereur le déclare gynécologue, ce qui ne l'empêchera pas de déjouer un complot aux situations désopilantes à renfort d'inventions aussi invraisemblables qu'un hélicoptère humain. Le film est un triomphe, l'acteur culmine, il atteint bientôt le sommet. Il enchaîne aussitôt sur
God of Cookery (Id), mélange d'arts martiaux, de cuisine façon
Le festin chinois (
Tsui Hark), et de récit de rédemption classique : un salaud (Chow, comme toujours, c'est son rôle fétiche) prend conscience de son erreur après une défaite et se rachète une bonne conduite. Puis il plagie carrément
Jim Carrey et son
Menteur, menteur avec
Lawyer Lawyer (Joe Ma, 1997). Et arrive
King of Comedy (1999), sa troisième réalisation, considérée par beaucoup comme son chef d'œuvre. Drôle, touchant, émouvant, entre la comédie romantique et le mélo,
King of Comedy est un film plus mature, moins en roue libre, plus écrit, mieux maîtrisé que les précédents essais de Chow, devant ou derrière la caméra. C'est le film de la rupture, ou plutôt une renaissance.
Suivra alors
Shaolin Soccer (2001), où tous les nouveaux ingrédients de son cinéma seront réutilisés avec un souci identique de mixer l'émotion et la comédie tout en recyclant des influences populaires (le dessin animé japonais
Olive et Tom alias
Captain Tsubasa,
Bruce Lee, la comédie romantique, le film d'arts martiaux, etc). Le film impressionnera également par ses effets spéciaux d'habitude si réservés à Hollywood, ce qui deviendra vite sa nouvelle marque de fabrique internationale. Le succès de
Shaolin Soccer aidant, il est désormais co-produit par les américains et ses films sont automatiquement distribués dans le monde entier. Cela donnera
Crazy kung fu (2004), un retour à ses premiers amours de la kung-fu comedy mais en plus visuel, moins concentré sur les dialogues, donc au final un film plus facile à exporter même s'il conserve encore un talent indéniable par son humour débridé et ses scènes d'arts martiaux de haut vol. Ce virage que prend alors la carrière de Stephen Chow, qui est l'un des rares dans le paysage hongkongais ravagé après 1997 à avoir survécu,
CJ7 (2007) semble le confirmer. Pour son dernier film, l'acteur-réalisateur signe une comédie fantastique tout public qui renonce à ses accents si typiques pour mieux se situer dans la nouvelle cartographie du cinéma mondial. Chow s'adresse sans détour à un public plus jeune, et sans frontières. Mais si en s'universalisant Chow a perdu un peu de sa spécificité, cet humour chinois si particulier qui a fait de lui une star, il a gagné en rayonnement, et on ne peut rarement se le refuser.