Steven Soderbergh



Steven Soderbergh Nationalité : américaine
Naissance : 14 janvier 1963
Age : 46 ans
Métiers : Réalisateur, Producteur de cinéma
J'ai toujours le sentiment d'être un apprenti. Tout ce que je sais de moi après huit longs métrages, c'est que par nature, je suis toujours sur la brèche. Dès que j'achève un film, j'ai besoin d'en commencer un autre. Dans un registre totalement différent.
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Propulsé dès son premier long métrage, Sexe, mensonges et vidéo, nouveau prodige du cinéma américain, Steven Soderbergh a su mener depuis ses débuts une carrière sans compromis. Avec une intransigeance sans failles, il concilie un cinéma d'auteur à l'européenne (Kafka, Schizopolis, Full Frontal, Bubble) et des projets d'envergure hollywoodienne (Erin Brockovich, Traffic, Ocean's Eleven) sans jamais rogner sur ses ambitions. Chez Soderbergh, chaque film est un nouveau pari, une expérience soutenue par l'envie insatiable d'explorer une palette renouvelée de styles et d'effets visuels, de montage, de narration, s'adaptant en fonction du projet. Auteur éclectique et hétérogène, connu pour son amour des acteurs à qui il laisse souvent la place, au prix d'une mise en scène parfois en retrait, seulement vouée à capter la présence de ses comédiens, Soderbergh a su se distinguer à travers des projets personnels et motivés par une curiosité sincère et infaillible.

En dépit de ce qui s'apparente parfois à des coups d'éclat ou d'esbroufe (la série des Ocean's, Bubble), son cinéma est mué par une perpétuelle honnêteté, un plaisir constant de se renouveler, parfois avec intelligence et élégance, un goût récurrent pour les effets et l'expérimentation, à l'image d'Hors d'atteinte et L'Anglais, deux lectures stylisées et soignées du polar et du thriller. Cinéaste moins déroutant qu'imprévisible, jamais là où on ne l'attend, capable de passer d'un film de braquage cool avec des stars (Ocean's 13), à un biopic en deux parties sur Che Guevara (Che), Soderbergh fait feu de tous bois. Entre plaisir coupable de cinéphile lorsqu'il tourne un remake de Solaris avec son ami George Clooney, et film à sujet ancré dans des problématiques contemporaines (Traffic, Erin Brockovich). Il est devenu à Hollywood le garant d'un cinéma intellectuel mais accessible, un auteur à la fois dans et en marge du système, adulé par les uns et parfois raillé par les autres.

De l'expérimentation


Passionné par le cinéma depuis l'enfance, auteur de courts expérimentaux à l'adolescence (Skoal, 1980), monteur de formation, révélé avec un documentaire sur le groupe Yes en 1985 (9012 Live), puis par différents courts-métrages (Winston, 1987), Soderbergh demeure un éternel étudiant en cinéma. Ses films sont invariablement une occasion pour lui de s'emparer de ce qui a été fait ailleurs et avant, parfois en citant ses sources, comme dans L'Anglais (1999), où des images d'un film de Ken Loach (Pas de larmes pour Joy) avec Terence Stamp, acteur principal du film, ressurgissent au milieu d'une narration éclatée et mentale - on notera également l'influence de Petulia de Richard Lester, film matrice de toute son oeuvre. Il y a chez Soderbergh une forme de récupération soft et juvénile du cinéma expérimental ou européen, une manière de le vulgariser pour l'adapter, le rendre accessible et visible. Au fil de sa filmographie, Soderbergh n'a cessé de puiser dans l'histoire, les effets, les ficelles ou les apports du cinéma expérimental (et plus largement du cinéma d'auteur et de genre), pour les ajuster, après des projets relativement hermétiques, à des œuvres de plus en plus ouvertes vers le grand public.

Sa première période, après la Palme cannoise pour Sexe, mensonges et vidéo en 1989 (œuvre quasi autobiographique, douée par sa finesse psychologique et sa direction d'acteur qui vaudra un prix à James Spader), est la plus significative du point de vue de cet apport intertextuel et esthétique : Kafka (1991) et ses références expressionnistes, ses jeux sur le noir et blanc ponctués de passages en couleurs ; A fleur de peau (1995), remake d'un film de Robert Siodmak (Pour toi j'ai tué), et ses visions subjectives composées de distorsions, successions de fondus, le tout au milieu d'un récit alambiqué qui en perdra plus d'un à l'époque ; Gray's Anatomy (1997), un monologue du comédien Spalding Gray où dans un noir et blanc stylisé celui-ci évoque sa maladie des yeux et son expérience médicale ; Schizopolis (Id), une comédie satirique et surréaliste tournée pour 250 000 $ dans laquelle Soderbergh se met en scène.

De l'ombre à la lumière


Les premières œuvres de Soderbergh témoignent avec force de ces multiples influences qu'il emprunte à l'histoire du cinéma. Mais si, revers de la médaille, le succès n'est plus au rendez-vous, si la critique lui réserve un accueil poli ou réservé, Hors d'atteinte (1998) mettra tout le monde d'accord. Avec cette adaptation d'Elmore Leonard dans laquelle il fait tourner pour la première fois Clooney, Soderbergh s'amuse à déstructurer le récit, quand le montage ne joue pas sur l'ordre des séquences inversées ou d'arrêts sur images stylés. Il use de trucs qui tomberont pile en adéquation avec l'époque en quête de renouveau esthétique, de références encore peu contaminées par l'arrivée du DVD, qui fera réviser à vitesse grand V l'histoire du cinéma. Hors d'atteinte donne l'image d'un œuvre fraîche, cool, branchée, presque virtuose et novatrice, alors que Soderbergh ne fait que dupliquer, sans s'en cacher, les audaces et sophistications que sa culture cinéphile lui a permis d'acquérir. Avec L'Anglais et ses effets de montages simulant la psyché troublée de Terence Stamp, Soderbergh poursuit avec élégance son entreprise post moderniste, allant jusqu'à emprunter certains effets à Point Blank (Le Point de non retour, 1967) de John Boorman. Le film sera un échec commercial, mais défendu par la critique semblant redécouvrir un auteur en pleine possession de ses moyens.

Cette nouvelle notoriété lui permet de passer à la vitesse supérieure et d'enchaîner en 2000 les deux premières locomotives qui feront de lui le nouveau maître d'un cinéma indé capable de se mettre aux manettes de grosses machines intelligentes : Erin Brockovich et Traffic. Tout en y insérant des effets sophistiqués conçus comme des parti pris de mise en scène conceptuels : le montage alterné et les jeux chromatiques lourdement significatifs de Traffic, le style caméra porté et pris sur le vif d'Erin Brockovich, Soderbergh veut donner sérieux et ampleur à son cinéma. Entre un thriller choral sur le trafic de drogue entre les USA et le Mexique (inspiré d'une série télé britannique), et le combat/portrait d'une femme luttant contre une multinationale (inspiré d'une histoire vraie), il s'attaque pour la première fois à l'actualité, sans pourtant verser dans un cinéma militant ou politique, plutôt compassionnel, dialectique ou simplement voué à la jouissance de ses mécanismes et le talent de ses comédiens s'épanouissant en confiance.

Soderbergh, petit roi d'Hollywood


Après ces deux films à Oscars, Soderbergh se transforme en mini roi du pétrole à Hollywood. Il devient l'auteur chic et doué d'œuvres flattant le regard et l'intelligence de ses spectateurs, à défaut de savoir toujours l'emporter sur le terrain de l'émotion - ses films, peut-être trop cérébraux et distanciés, voire maniérés (cette quête permanente de l'expérimentation), ne sachant résoudre une quelconque équation sentimental quand ils ne manquent pas de convictions (les sujets de Traffic ou Erin Brockovich semblent d'avantage des prétextes que mués par la motivation de parler de leur époque). Par la suite, la série des Ocean's : Ocean's Eleven (2001), Ocean's Twelve (2004) et Ocean's 13 (2007), petit plaisir coupable et au départ remake d'un film de braquage de Lewis Milestone avec Frank Sinatra et Dean Martin (L'inconnu de Las Vegas, 1960), seront ses plus grands succès commerciaux, ses films les plus populaires. Blindés de stars, de George Clooney en passant par Matt Damon, Julia Roberts, Brad Pitt et Al Pacino, les films témoignent surtout de sa capacité à vernir un concept pour mieux dissimuler, sans faux semblant, la relative désincarnation de son cinéma.

Petits polars cool et décomplexés, voués au pur plaisir d'installer une ambiance et de voir ses acteurs évolués, la série des Ocean's masque par la présence massive de ses stars la faiblesse de la mise en scène, incapable (volontairement ou non), d'installer un quelconque suspens ou empathie avec des personnages qui n'en sont plus vraiment. A leur manière, les Ocean's ont quelque chose de l'happening branché et un peu forcé, de la colonie de vacances pour gros salaires hollywoodiens, par seul plaisir du jeu, d'être vu, filmé, de devenir image, sans jamais duper un spectateur conscient de ce qu'il voit et pourquoi il paie : se divertir en beauté, sans se perdre dans des effets visuels ou narratifs complexes qui pourraient le dérouter. Les Ocean's c'est du chic pour pas cher, un peu bradé, du cinéma cocktail et un brin people, vaguement nouveau riche et parfaitement dans l'air du temps. Non sans déplaisir.

Un auteur multicarte


Un autre projet réunissant Clooney et Soderbergh, le remake de Solaris (2002), produit par la compagnie que les deux hommes créent ensemble en 2000 (Section Eight), reflète cette prédominance de la plastique sur le récit, ce goût avoué du superficiel. Le film de Tarkovski devient une version lounge, plus soucieuse de son travail sur la lumière et le rythme que l'intrigue, dont le spectateur reste étranger, hermétique aux larmes de Clooney pleurant son épouse perdue. Quoique non dénué de qualités, Solaris incarne un peu cet aveu d'un cinéma européen vulgarisé définissant l'œuvre de Soderbergh. Sa présence au générique d'Eros (2004) aux côtés d'Antonioni confirme cette tendance, comme Bubble (2005), distribué simultanément en salles, en DVD et sur Internet aux USA, renforce sa sempiternelle quête d'innovation tout en continuant à démontrer sa volonté d'œuvrer en parallèle sur des petits et gros budgets - privilège de son autonomie artistique à Hollywood. Egalement producteur (pour Clooney, Todd Haynes, Richard Linklater, ou encore de Michael Clayton et Syriana), directeur photo de la plupart de ses films, auteur d'une série télé (K Street), Soderbergh demeure fidèle à son image d'auteur multicarte ne relâchant jamais son intérêt pour l'expérimentation visuelle et les hommages cinéphiliques (The Good German, 2007), même là où on ne l'attend pas.

Ainsi de son biopic en deux parties sur Che Guevara, Che (2008), pour lequel Benicio del Toro fût récompensé du prix d'interprétation à Cannes. Montage alterné, gros plans proches de l'abstraction, flous, hors champ inattendus, inversion des codes chromatiques classiques (le noir et blanc devient le futur et la couleur le passé), jeux sur le son, Soderbergh ne peut s'empêcher de travailler différemment chaque partie du film. L'un de ses derniers projets, The Girlfriend Experience (2009), journal de bord d'une call-girl avec une véritable actrice porno, est d'emblée défini par son auteur comme une œuvre novatrice. Preuve que pour Soderbergh chaque projet se définit d'abord comme un nouveau pari où le tour de force visuel lui sert de caution artistique, pas nécessairement convaincante, mais avec une honnêteté indéfectible.

JD

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