Theo Angelopoulos est le poète cinématographique de la Grèce contemporaine. Après des études de droit et de lettres à La Sorbonne, il intègre l'IDHEC (nouvellement Fémis) en 1962 et devient un proche de Jean Rouch. De retour en Grèce, il travaille comme critique cinématographique pour le quotidien
Allagi de 1964 à 1967. Durant cette période, en 1965, il se lance dans un projet de long-métrage qui demeurera inachevé autour du groupe pop Forminx. Lorsqu'en 1970, il parvient à faire produire son premier film,
La Reconstitution, il n'a qu'un seul court-métrage à son actif,
L'Emission (1968).
Salué par la critique internationale,
La Reconstitution pose les bases de l'œuvre à venir d'Angelopoulos. A partir d'un fait-divers, l'assassinat d'un émigré grec à son retour d'Allemagne par sa femme et l'amant de cette dernière, le jeune cinéaste se livre à une véritable éenquête sociologique, déjà très empreinte de formalisme. Fort de cette expérience, il se lance par la suite dans une vaste trilogie dédiée à l'histoire contemporaine de son pays :
Jours de 36 (1972),
Le Voyage des Comédiens (1975) et
Les Chasseurs (1977) où, dans la lignée dialectique de Brecht, il interroge la mémoire collective de la Grèce. D'une extrême exigence stylistique et narrative, passant notamment par l'usage récurrent de plans-séquences, la non linéarité chronologique ou le refus de toute psychologisation, ces films ravissent la presse (le second reçoit le Prix de la Critique à Cannes) mais peinent à trouver leur public en raison de leur singularité et de leur apparent hermétisme.
En 1980, avec
Alexandre le Grand, Angelopoulos prolonge la réflexion idéologique qu'il avait initiée précédemment en dressant le portrait d'un légendaire et adulé bandit grec devenu, à force de radicalisation, un tyran dont la figure demeure pour l'essentiel métaphorique. Lion d'or du film expérimental au festival de Venise, ce prix témoigne du caractère véritablement inclassable de ses films. Après le documentaire
Athènes, Retour à l'Acropole (TV, 1983), Angelopoulos commence à collaborer avec le poète et scénariste italien Tonino Guerra. Ensemble, ils vont signer pas moins de sept films :
Voyage à Cythère (1984),
L'Apiculteur (1986),
Paysage dans le brouillard (1988),
Le pas suspendu de la cigogne (1991),
Le regard d'Ulysse (1995),
L'Éternité et un jour (1998) et
Eleni : La Terre qui pleure (2004). Cette écriture à quatre mains permet au réalisateur de poursuivre son examen critique de la Grèce contemporaine tout en abordant de manière récurrente les thématiques de la frontière et du retour.
Merveilleusement personnifiée par
Marcello Mastroianni dans
L'Apiculteur et
Le pas suspendu de la cigogne, cette quête identitaire se double aussi d'une perte de repères. Qu'elle soit spatiale à l'image de l'odyssée balkanique d'
Harvey Keitel dans
Le regard d'Ulysse, récompensée d'un double prix cannois, ou temporelle, naviguant entre présent et passé, tels les émouvants voyages auxquels se livre l'écrivain vieillissant de
L'Éternité et un jour, Palme d'or 1998. En 2004, Angelopoulos entérine de manière définitive les sentiments de désillusion et de noirceur inhérents à l'ensemble de son œuvre avec
Eleni : La Terre qui pleure, le premier volet d'un triptyque consacré à l'histoire du siècle passé. Eminemment tragique,
Eleni, en dépit de sa monumentale beauté, semble croule rsous le poids de sa lourdeur théorique et sa rigidité démonstrative. Toujours actif, Angelopoulos travaille actuellement sur
The Dust of Time (2008) qui scellera ses retrouvailles avec
Harvey Keitel, aux côtés de
Willem Dafoe et
Alexandra Maria Lara. A noter que le cinéaste a aussi participé à deux films collectifs :
Lumière et compagnie (1995) et
Chacun son cinéma (2007).