Né d'un père journaliste et d'une mère professeur et peintre paysagiste, Tim Roth a grandi à Dulwich, dans le sud de la banlieue londonienne. Très jeune, il s'amuse à imiter divers accents, notamment le cockney pour berner ses camarades de classes qui ne cessent alors de le persécuter en raison de ses origines sociales plus aisées que les leurs. Après avoir commencé des études de sculpture au Camberwell Art College, Tim Roth préfère se diriger vers une carrière d'acteur. Il fait ainsi des débuts très remarqués chez Alan Clarke (réalisateur de
Elephant dont s'inspirera
Gus Van Sant pour son film éponyme) dans
Made in Britain (TV,1982), où il tient le rôle difficile et violent d'un jeune skinhead de seize ans. Suivent quelques séries et un téléfilm de
Mike Leigh,
Meantime (TV, 1984), puis
Stephen Frears lui fait faire ses premiers pas au cinéma avec
The Hit: le tueur était presque parfait (Id). Un road movie dans lequel il joue un tueur à gage chargé d'escorter Terence Stamp de l'Espagne à Paris pour qu'il soit exécuté. Le film fait de Tim Roth un nouvel acteur à suivre.
Par la suite, le comédien enchaîne les seconds rôles à la télévision et au cinéma sans attirer l'attention du public. On l'a vu notamment dans
Le complot (Agnieszka Holland, 1988) aux côtés de
Christophe Lambert,
A World Apart (Chris Menges, Id), un film sur l'apartheid Prix spécial du jury à Cannes, et surtout
Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (1989), de
Peter Greenaway. C'est grâce à
Robert Altman et
Vincent et Théo (1990) que l'acteur acquière ses premières lettres de notoriété et enfin un rôle principal. Le film raconte l'histoire de Vincent Van Gogh (interprété par Tim Roth) et de son frère, à travers un éclairage inédit sur la vie du célèbre peintre. La même année, il est également à l'affiche de
Rosencrantz & Guildenstern sont morts (Tom Stoppard), une relecture libre et ludique d'Hamlet où l'acteur donne la réplique à son ami
Gary Oldman. Tim Roth décide ensuite de s'envoler pour Hollywood. Il ne tarde alors pas à taper dans l'œil d'un tout jeune réalisateur qui doit tourner son premier film,
Quentin Tarantino.
Des hauts, mais des bas
Tim Roth devient instantanément l'une des stars de
Reservoir Dogs (1992) aux côtés de
Michael Madsen,
Steve Buscemi et
Harvey Keitel. Toutefois le film ne le propulse pas immédiatement dans le carnet d'adresse des cols blancs d'Hollywood. Il enchaîne ensuite divers téléfilms, n'arrive pas à convaincre avec la comédie romantique
Une pause, quatre soupirs (Michael Steinberg, 1993) ni le film espagnol
The Perfect Husband (Beda Docampo Feijóo, Id). Il lui faut attendre l'année suivante et ses retrouvailles avec
Quentin Tarantino dans
Pulp Fiction (1994) puis
Little Odessa (Id), premier film de
James Gray, pour que l'acteur revienne sur le devant de la scène. Toutefois Roth préfère rester attaché au circuit indépendant sinon à des rôles dans lesquels il peut s'épanouir. Il privilégie donc les auteurs ou les petits budgets et durant toute sa carrière il sera rarement à l'affiche d'une grosse machine hollywoodienne. Suivront ainsi des films parfois méconnus ou des œuvres de différents styles et nationalités. On retiendra :
Rob Roy (Michael Carlton Jones, 1995) pour lequel il est nominé aux Oscars,
Four Rooms (Id), film à sketchs réalisé entre autres par
Tarantino et
Robert Rodriguez,
Tout le monde dit I love you (
Woody Allen, 1996),
No Way Home (Buddy Giovinazzo, Id),
Le suspect idéall (Jonas et Josh Pate, 1997),
Animals (Michael Di Jiacomo, (1998), et
La Légende du pianiste sur l'océan (Giuseppe Tornatore (Id).
En 1999, parallèlement à sa carrière de comédien, Tim Roth se lance dans sa première réalisation (et dernière en 2008),
The War Zone. Pour le tournage, l'acteur retourne en Angleterre et livre un film d'une facture rarement aussi maîtrisée pour un premier film. Un sujet difficile (un frère découvre que sa sœur a une relation incestueuse avec leur père) que Roth transforme en huis clos ténu, étouffant, complexe, sans préjugés ni morale préconçus, mais avec ce sens du réalisme tenace et précis propre au cinéma britannique. Entièrement vu du point de vue du frère,
The War Zone est une tragédie du regard intense, un film au scalpel où la violence naît d'une impuissance propre au personnage et non d'un cinéaste qui en voulant montrer l'horreur finirait par s'y complaire. Un cinéma ambigu mais clair dans ses intentions, d'une rare intelligence de mise en scène, qui naturellement remporte près d'une dizaine de prix en festival. Ensuite Roth retourne à la comédie et enchaîne les rôles de diverses envergures dans des productions de qualité très inconstante. En 2001 il impressionne toutefois chez
Tim Burton dans le mésestimé
La Planète des Singes, et la même année il est chez Werner Herzog pour
Invincible. Suivront quelques titres négligeables ou sans sortie française :
Emmett's Mark (Keith Snyder, 2002),
To Kill a King (Mike Barker, 2003),
The Beautiful Country (Hans Peter Molland, 2004) ou
Silver City (John Sayles, Id).
De bas, en haut
Alors qu'on l'a un peu perdu de vue, Roth refait soudainement surface au générique d'un film français oublié :
Nouvelle France (Jean Beaudin, Id). Puis après un détour par
The Last Sign, un magistral nanar au casting improbable (
Samuel Le Bihan Andy MacDowell et lui),
Wim Wenders en éternelle quête de réhabilitation lui offre un rôle dans
Don't Come Knocking (2005). Ce n'est pas encore l'heure de la relève puisque le comédien passe ensuite devant la caméra de
Walter Salles pour son remake raté,
Dark Water (2006), adapté du film de fantôme japonais d'
Hideo Nakata. Idem avec
Even Money (Mark Rydell, Id), petit polar avec
Kim Basinger inédit ici. Il lui faut donc attendre le grand
Francis Ford Coppola qui fait son retour derrière la caméra avec
L'Homme sans âge (2007) pour enfin voir Tim Roth dans son plus beau rôle depuis longtemps. Il donne à ce personnage de professeur en quête d'éternité et d'amour une splendeur mélancolique sublime. On le redécouvre. La même année, il tourne pour le cinéaste autrichien
Michael Haneke (prophète pénible de la décadence occidentale) qui fait son propre remake américain de
Funny Games (1997), bêtement rebaptisée
Funny Games U.S. (2007). Ainsi qu'un film au titre étrange mais tristement évocateur,
Medieval Pie (David Leland, Id), dont on peut craindre le pire. Il est enfin très attendu en bad guy dans
L'Incroyable Hulk (
Louis Leterrier, 2008), et diverses productions telles que
King Conqueror (2009),
The Death of Harry Tobin (2008), et la fameuse arlésienne de
Tarantino,
Inglorious Bastards.