Tonie Marshall est la fille de Micheline Presle, célèbre actrice française ayant débuté sa carrière dans les années trente et dont la filmographique compte près de 170 films, et de l’acteur et réalisateur américain William Marshall, vaguement connu pour quelques rôles dans les années quarante et pour avoir fait un mariage express avec Ginger Rogers. De cette double culture, Tonie Marshall gardera plus tard dans ses films une trace, un lien, une envie, qui apporteront une touche franco-américaine. Mais avant de passer à la réalisation, le chemin sera long. Tonie débute en effet comme comédienne, sur les pas de sa mère donc, dès le début des années soixante-dix. Elle enchaîne alors les rôles telle une stakhanoviste, à la télévision aussi bien qu’au cinéma, et dans un registre assez large allant de la série B au film d’auteur en passant par la comédie populaire. On la voit ainsi dans
L’Evénement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune de
Jacques Demy (1973), où sa mère tient un des rôles principaux,
Vous ne l’emporterez pas au paradis (François Dupont-Midi, 1975),
Mords pas on t’aime (Yves Allégret, 1976),
Les Deux élèves préférés (1978), second court-métrage de Danièle Dubroux,
Rien ne va plus (1979) de
Jean-Michel Ribes, un futur complice, ou encore
Les Sous-doués passent leur bac (1980) de
Claude Zidi.
Durant les années quatre-vingt, Tonie continue d’apparaître très régulièrement sur le petit écran, tous ceux nés dans les années soixante-dix ne pouvant immanquablement pas oublier son visage, assez singulier. A commencer pour sa prestation dans la série
Merci Bernard (1982), signée
Jean-Michel Ribes, où l’on retrouvait tout le gratin du boulevard, autant de comédiens devenus depuis aussi ringards que méga populaires (s’ils ne sont pas morts), dont entre autres (car la liste est longue) : Eva Darlan,
Christian Clavier, Rony Coutteure,
Michel Blanc, Claude Piéplu,
Anémone, Phillipe Khorsan,
Pierre Desproges, etc. Et comme on n’arrête pas une équipe qui gagne, la petite bande remet le couvert six ans plus tard avec l’inénarrable série
Palace (1988), toujours grâce aux soins de
Ribes. Multi rediffusée, imitée depuis par une compagnie d’assurance pour sa campagne publicitaire, inutile de dire que la série fût un succès. Parallèlement Tonie est apparue régulièrement au cinéma, où elle continuera de jouer jusqu’au milieu des années 90, mais dans un genre moins populaire puisqu’on la vu deux fois chez l’auteur très confidentiel Jean-Claude Biette (critique et théoricien du cinéma), dans
Le Champignon des carpates (1990) et
Chasse gardée (1992), puis chez
Lucas Belvaux dans sa comédie,
Pour rire ! (1996). A noter enfin qu’elle apparaîtra dans le prochain film de
Ribes,
Musée haut, musée bas (2008), au casting de stars interminable.
Passage à l’acte
Tonie Marshall passe à la réalisation en 1989. Timidement, mais déjà avec les prémisses de ce que seront ses futurs films, très orientés vers la comédie romantique et le mélange des genres. Elle débute donc avec
Pentimento où
Antoine De Caunes passe aussi pour la première fois au grand écran. Le film fait davantage parler de lui pour son comédien (star de Canal à l’époque) que pour lui-même. Toutefois, dès ce premier essai, Tonie signe son scénario. La mise en scène est encore hésitante, mais elle tente de se rattraper avec
Pas très catholique (1994), où à nouveau elle joue avec plusieurs influences, passant par la comédie et le polar pour en revenir à la romance. Deux ans plus tard, elle revient avec
Enfants de salauds (1996), une comédie à l’humour vache sinon noir où elle montre qu’elle est capable de passer du rire à des moments plus graves, puis vient enfin
Vénus Beauté (Institut) (1999), le film de la consécration, César du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario et du meilleur espoir féminin pour
Audrey Tautou. Bref, c’est l’année
Vénus Beauté.
Un plébiscite un peu excessif pour un film non dénué de qualités où Tonie parle de la femme, comme une femme, sans revendication mais avec intelligence et sensibilité, humour et lucidité. Désormais très attendue, elle repasse par la télévision avec le très drôle,
Tontaine et tonton (2000), où
Emmanuelle Devos joue un fan transi de
François Mitterrand. Puis elle revient au cinéma avec
Au plus près du paradis (2002), où elle tente de rendre hommage à son amour pour la comédie romantique hollywoodienne, puis enchaîne sur
France boutique (2003), une satire du télé-achat lui servant de prétexte pour montrer les fragments amoureux de ses personnages, le film n’est malheureusement pas une réussite. Mais, après avoir pris un peu de distance et travaillée sur l’adaptation télé de
Vénus Beauté,
Vénus et Apollon (2005), elle se rattrape en 2008 avec
Passe-passe, sublime comédie romantique butinant vers le thriller et la satire politique, avec Nathalie Baye et Edouard Baer aussi brillants l’un que l’autre. Tonie Marshall y démontre encore un peu plus son amour pour un classicisme américain ancré dans notre contemporanéité, nos paysages. La forme du film est ample et limpide, tandis que parallèlement, elle truffe, comme à son habitude, une série de petits liens installant le film dans son époque. Cinéma au présent et intemporel, cherchant sa forme vers d’autres territoires sans oublier le sien, tel est celui de Tonie Marshall, résolument féminin, élégant, honnête, léger mais sensible.