Tony Leung



Tony Leung Vrai nom : Tony Leung Chiu Wai
Nationalité : chinoise
Naissance : 27 juin 1962 à Honk Kong
Age : 47 ans
Métier : Acteur
Tony Leung sort le juste au corps
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L'Italie aura eu son Mastroianni, Hollywood ses James Dean, Gary Cooper, Robert Mitchum ou Montgomery Clift, Hong Kong aura eu Tony Leung Chiu Wai, l'acteur le plus glamour de l'ex colonie britannique. Il lui suffit de rien, d'être là, qu'une caméra se pose sur lui fumant une cigarette, pour que l'image crépite d'une intensité érotique inédite. Tony Leung c'est le silence feutré des alcôves où se love le désir pudique des corps enlacés jusqu'à l'aube, le secret des murmures enivrés dessinant dans l'air les circonvolutions impossibles des projets amoureux insaisissables, l'alcool suave d'un romantisme rimbaldien vous fixant depuis le refuge de vos fantasmes, une flèche pointée droit dans l'âme de vos larmes. Il est notre amant perdu, notre amant idéal, l'amant de tous les sexes, une figure abstraite, pure et inatteignable. Ce n'est pas une icône ni un modèle, c'est une star, brillant très haut et très loin au-dessus du monde et du réel où pourtant chez lui on tente de le faire redescendre désespérément. Mais trop tard, aucun paparazzi chinois se délectant de ses amours contrariées pour Carina Lau ou de son affection absolue et indéfectible pour sa mère ne pourra faire revenir Tony Leung dans la réalité, il est en orbite, en apesanteur, pour toujours il sera l'émanation parfaite de la sensualité à l'écran, et on ne peut pas vulgariser un tel concept, on est intransigeant. Tony Leung est un ange, un ange de volupté. Son visage doux et tranquille veille sur nous, plutôt nous recueillons sa bienveillance innocente, son regard qui ne se donne jamais comme une offrande mais dans l'absence absolue et parfaite de négociations des échanges.

Car l'enfant de la TVB, forgé aux séries télé avant de faire ses premiers pas au cinéma, est vite devenu ce genre d'acteur précieux dont on cale la photo dans le portefeuille de nos cœurs. A partir de La Cité des douleurs (1989), pour l'inestimable Hou Hsiao Hsien, comment avons-nous pu continuer à vivre ? Comment dans l'isolement pauvre et solitaire de nos mornes cités européennes avons nous pu mener ces existences banales quand sur un écran du bout du monde venait de naître cette fleur à périr de désir ? Et l'année suivante, quand John Woo lui offrait d'être la star de son remake pirate de Voyage au bout de l'enfer, Une balle dans la tête (1990), combien de larmes avons-nous séché en regardant en boucle sur une K7 VHS la scène où les militaires vietnamiens le forcent à tirer sur son ami joué par Jackie Cheung ? Il était déjà notre héros romantique, notre héros tragique, nous l'aimions sans savoir que bientôt il hanterait nos rêves quand peu de temps après, nous allions le découvrir pour la première fois chez Wong Kar-Wai dans le dernier plan de Nos années sauvages (Id). Qui était-il ? Un fantôme, une réincarnation, un autre personnage ? Nous restions dans le doute de cette beauté éphémère, intrigué de le revoir dans Histoires de fantômes chinois 3 (Ching Siu-Tung, 1991), emballé de le retrouver en flic infiltré aux côtés de Chow Yun Fat dans l'explosif et définitif Hard Boiled (A toute épreuve, 1992), où il trimballait alors une belle inquiétude juvénile mais très désirable.

Ashes of Chungking


On savait aussi qu'il osait jouer pour des comédies, faire l'idiot et qu'il le faisait même très bien (The Days of Being Dumb, 1992 ; Eagle Shooting Heroes, 1993), qu'il savait porter le costume et parfois manier le sabre (Butterfly and Sword, Id), voire qu'il s'essayait même à l'horreur (The Returning, 1994). Mais on attendait une réponse de Wong Kar-Wai, une explication à ce dernier plan énigmatique. Elle ne viendra jamais, ou presque, et pourtant en 1994 on n'avait pas anticipé le double choc que furent Chungking Express et Les Cendres du temps. Ces films mémoires, ces films temps, concentrés absolus de mélancolie et de romantisme, qu'ils soient urbains ou relecture d'un classique du wu xia. Deuxième partie de Chungking Express, Tony est là, flic habitué d'un fast-food. Face à lui la sublime Faye Wong, la chanteuse, cheveux courts à la Jeanne Seberg, en plus belle, plus folle, surtout lorsqu'elle visite son appartement en son absence. Lui qui attendait le retour de son hôtesse de l'air sexy, qui parle à son savon et voit son intérieur mystérieusement changer. Les Mama's and Papa's en boucle, les personnages montent sur scène, on danse et rêve avec eux de Californie et puis d'Hong Kong, on rêve de cet amour pudique et invraisemblable, on rêve de tout plaquer, d'arrêter la boucle ou de la reprendre plus loin, d'en faire une nouvelle peut-être avec eux. On aime Tony, on aime Faye Wong, d'un amour insolite, très pur, très tendre, exotique et étrangement intime, personnel. Et puis après ces ritournelles adolescentes, ces mièvreries, on est emporté par une lame de fond : Les cendres du temps se fracasse sur ce qui restait de nos cœurs déjà à vif. Tony y joue le bretteur aveugle menant un dernier combat épique avec le souvenir de son épouse (jouée par la vraie, Carina Lau). Sa mort est la plus belle scène du film, chaque image est un souffle, une respiration malade, une blessure, un acte d'amour désespéré. On ne s'en remettra jamais.

On ne sait alors plus comment survivre à ces images. En 1995 dans Cyclo, le vietnamien Tran Anh Hung fait fumer Tony clope sur clope, on dirait qu'il n'est là que pour ça, en griller une, puis une autre, être un visage, un geste, une mécanique plastique. C'est peu mais ça nous suffit, voir Tony fumer, cette grâce naturelle, cette allure indolente et presque lascive, recèle tant d'érotisme, de beauté un peu floue et de promesses à hanter nos nuits, qu'on en demande pas plus. Et puis Wong Kar-Wai récidive, s'embarque pour Buenos Aires avec Leslie Cheung et Tony et sort un film d'amour déchirant, mélopée parfaite de ses errances sentimentales impossibles et ultra romantiques, Happy Together (1997), litanie d'un couple gay incapable de repartir à zéro, car on ne repart jamais à zéro. On pleure alors avec les tangos larmoyant d'Astor Piazzolla le rock des Turtles, enfermé dans cette chambre d'hôtel devenu le refuge et le piège du couple, l'image de leur relation. Tony et Leslie ont rarement été aussi beaux qu'à l'arrière de ce taxi roulant dans la nuit des amours perdues. Egaré après ce nouveau choc émotionnel et esthétique, par un obscur effet de contraste on est heureux de retrouver Tony en flic pourri ultra violent dans le radical et urbain The Longest Nite (Patrick Yau, 1998). Heureux jusqu'à qu'Hou Hsiao Hsien nous plonge dans l'ambiance opiacée des Fleurs de Shanghai (Id), et que Wong Kar-Wai nous achève avec In the Mood for Love (2000) et ses tangos amoureux avec Maggie Cheung.

Infernal love affair


Ereinté, on laissait alors de côté ses comédies romantiques pour Joe Ma (Fighting for Love, 2001 ; Sounds of Color, 2003) et Wong Jing (Love Me, Love My Money, Id). A peine pouvait-on s'amuser de ses retrouvailles avec Faye Wong chez le roi de la parodie hongkongaise, Jeff Lau, pour Chinese Odissey 2002 (2002), ou de celles avec Maggie Cheung dans le beau Wu Xia Pian numérique totalitaire de Zhang Yimou, Hero (Id). Et puis en 2002 on a encore succombé : avec son rôle de flic infiltré dans Infernal affairs pour Andrew Lau, il trouvait un de ses plus beaux rôles. Tragique, il est l'homme sans identité, un anonyme et un solitaire noyant sa solitude dans une mission aux contours devenus abstraits. Il est la figure idéale d'un monde mouvant fait de surfaces réfléchissantes où le secret, le mensonge, sont la dernière vérité. Celle qui maintient en vie pour ne pas disparaître des vivants. Le jeu effacé et discret de Tony Leung face à Andy Lau, son double inversé, sera mille fois plus précieux et subtil que la lourdeur hystérique de DiCaprio dans le pâle remake de Martin Scorsese (Les Infiltrés). Tout le film n'est d'ailleurs qu'une ode au glamour du cinéma honkongais dont il est l'image parfaite.

Pour le plaisir, on lui pardonnera ensuite le mollasson et psycho-chiant Infernal Affairs 3 (2003), surtout quand le coup de grâce survient juste après chez Wong Kar-Wai dans 2046 (2004). Film somme et absolu où il est le Casanova d'un monde futuriste où les plus belles femmes croisent son chemin : Gong Li, Faye Wong, Zhang Ziyi,. On semble alors avoir atteint un sommet. L'intéressant Confession of Pain (Andrew Lau, 2006) ou même le beau et douloureux Lust, Caution (Ang Lee, 2007), où il collabore avec l'envahisseur japonais tout en séduisant la divine Wei Tang, elle-même venue le séduire pour lui tendre un piège, n'auront pas la moiteur érotique de 2046. Ce sentiment de clôture et d'avoir atteint un climax de sensualité nonchalante, de présence naturelle, cette beauté qui ne se donne pas mais s'offre sans retour, pure générosité. Quelque chose s'est achevé qu'il n'est pas possible de décrire, peut-être le temps, l'âge, qui sait ? On ne se fait pas d'illusion sur ses retrouvailles avec John Woo pour The Battle of Red Cliff (2009). Dans le noir notre cœur a battu la chamade, peut-être fallait-il que cela s'arrête pour que cet amour reste éternel.
 
Jérôme Dittmar

Photos de Tony Leung






Personnalités associées à Tony Leung

Collaborations Wong Kar-Wai, Maggie Cheung, Hou Hsiao Hsien, Chow Yun-Fat, Gong Li, John Woo, Zhang Yimou

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