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| . | Les critiques Cinéma |
Le cinéaste taïwanais d'origine malaise Tsai Ming-liang était, il y a quelques jours, la « star » du festival des Trois continents à Nantes. Il y présentait La Saveur de la pastèque et donnait une « leçon de cinéma », entouré de ses deux acteurs fétiches. Propos choisis.
Auteur, depuis une quinzaine d'années, de six longs-métrages où il explore avec une remarquable invention plastique les thèmes de la mémoire et de la solitude, le cinéaste Tsai Ming-liang, âgé de 49 ans, était il y a quelques jours invité par le Festival des Trois Continents de Nantes à dispenser une « leçon de cinéma », entouré de ses deux acteurs fétiches Lee Kang-Sheng et Chen Shiang-Chyi. Ils sont les principaux interprètes quasi muets de son dernier opus The Wayward Cloud, littéralement « Un nuage au bord du ciel », bizarrement traduit pour le public français par La Saveur de la pastèque Un fruit dont, enfant, Tsaï croquait les pépins sur les fauteuils des cinémas de quartier où l'emmenaient ses grands-parents. Une pastèque qu'aujourd'hui il tranche en deux pour en glisser une énorme moitié rouge vif entre ses cuisses écartées et poser pour la presse lascivement étendu sur le dos sur des draps défaits. L'homme a cette qualité qu'il ne se prend pas au sérieux. Pire ou mieux, il est une sorte de gamin narquois qui tente sans cesse de nouvelles expériences sensorielles comme autant d'aires de jeu et d'ouvertures vers des réminiscences proustiennes. A Nantes, il invitait notamment à découvrir un essai réalisé avec son actrice Chen Shiang-Chyi. Il filme en numérique son visage de trois quart en plan serré dans une lumière extrêmement travaillée, un léger contre-jour, on l'entend lui donner quelques indications de jeu, on voit le visage se décomposer, des larmes couler le long de l'aile du nez. La caméra descend pour suivre la course du filet de morve brillant qui se met à couler comme une longue éjaculation. La focale s'installe sur cette humeur aqueuse jusqu'à ce qu'épuisé par sa propre expérience de cinéaste, Tsaï ne lance « coupez ». L'expérience de spectateur est tout aussi saisissante. L'auteur se pique de restituer un réel plus réel que le réel, mais que l'œil ne distingue d'ordinaire pas. Tsaï est aussi le petit chimiste du cinéma lorsqu'il mélange des ingrédients triviaux comme dans son dernier film : produits de consommation courante, archétypes pornograhiques…. Composé chamboulé d'où naît un précipité que le réalisateur découvre et ingurgite à mesure qu'il le filme. Sans idées préconçues et avec déjà dans l'estomac les films de Truffaut, Godard, Bresson ou Fassbinder qui on nourrit son imaginaire. Sur tout cela et sur d'autres choses, il s'explique.
Observation


Cinéma de création

Propos recueillis par Laure Naimski
Avec également un extrait des propos recueillis par Harold Manning pour le dossier de presse
Sur Flu :
- Lire la chronique de The Hole (Tsai Ming-liang, 1998)
- Lire la chronique de Et là-bas, quelle heure est-il ? (Tsai Ming-liang, 2001)
- Lire la chronique de Goodbye, Dragon Inn (Tsai Ming-liang, 2003)
- Lire la chronique de La Saveur de la pastèque (Tsaï Ming-liang, 2004)
Sur le web :
- Le site du festival des Trois Continents de Nantes
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