Val Kilmer, acteur des nineties haï par les uns pour son caractère ingérable (John Frankenheimer,
Joel Schumacher), et célébré par les autres qui voit en lui un homme intelligent et doué (
Oliver Stone,
Michael Mann), a acquis sa notoriété grâce à ses rôles emblématiques dans
Les Doors et
Heat. Né à Los Angeles de parents et ancêtres aux multiples origines (écossaise, irlandaise, juive sépharade, cherokee, suédoise, allemande, mongole), il grandit dans la San Fernando Valley et se dirige dès l'adolescence vers les arts dramatiques. A 17 ans, il intègre ainsi la Julliard School dont il est alors le plus jeune étudiant. Il y fait ses débuts sur les planches comme auteur et comédien dans diverses pièces au début des années 80, notamment à Broadway en 1983 dans
Slap Boys, où il joue aux côtés de
Kevin Bacon et
Sean Penn. Après avoir refusé d'intégrer le casting pourtant prestigieux et bourré de graines de star de
Outsiders de
Francis Ford Coppola (il préfère alors se consacrer au théâtre), Kilmer entame sa carrière au cinéma en 1984 dans la comédie parodique
Top secret ! (Zucker-Abraham-Zucker), puis deux ans plus tard se fait connaître du grand public en interprétant Iceman, l'adversaire de
Tom Cruise dans le mondialement célèbre
Top Gun de
Tony Scott (1986). Impossible d'oublier sa coupe en brosse, son air arrogant, mâchant son sempiternel chewing gum avec une suffisance donnant naturellement le beau rôle à
Tom Cruise et à son F14. Suivront quelques rôles pour la télévision, le film d'heroïc fantasy de
Ron Howard produit par
George Lucas,
Willow (1988), ou encore le thriller
Kill Me Again de
John Dahl (1989).
En 1991 Kilmer est sollicité par
Oliver Stone l'invitant à interpréter l'une des icônes du rock des sixties,
Jim Morrison dans
Les Doors. L'acteur mémorise alors la pluparts des lyrics du groupe avant de passer son audition, chantée, ce qui pour le réalisateur sera déterminant. Le rôle signé, Kilmer passera près d'un an à s'immerger dans son personnage avant d'enfiler son costume, au point que sur le tournage il exige à ce que tout le monde l'appel Jim tout en refusant la moindre interview. Sa performance sera largement saluée, entre autres par les membres du groupe évoquant une ressemblance troublante entre l'acteur et Morrison. Seul Ray Manzarek, clavier des Doors, nuancera alors un peu ces éloges. Kilmer enchaîne sur
Cœur de tonnerre (1992) de Michael Apted, un thriller avec
Sam Shepard dont il réinterprète certaines parties du scénario, au grand désarroi du réalisateur. Suivront
L'affaire Karen McCoy (Russel Mulcahy, 1993), un autre thriller, sans ambition, avec
Kim Basinger ; puis
True Romance (Id), où il retrouve
Tony Scott pour jouer Elvis dans ce film écrit par
Quentin Tarantino. La même année, il rejoint
Kurt Russell et Sam Eliott dans le western
Tombstone (George P. Cosmatos, Id), dans lequel il joue le gunfighter moribond Doc Holiday, une des figures phares du genre. On dira alors que l'acteur a trouvé son plus grand rôle. Deux ans plus tard, il succède à
Michael Keaton dans le rôle de Batman pour
Batman Forever (1995) de
Joel Schumacher. Le réalisateur tente alors de se démarquer des films de
Tim Burton en revenant à la série télé, plus pop, c'est un désastre artistique et l'acteur sera sans doute le pire interprète de toute la saga au cinéma.
Kilmer, la chute du milieu
En 1995, en parallèle de l'horrible
Batman Forever, Kilmer devient l'une des têtes d'affiche du thriller urbain culte de
Michael Mann,
Heat, avec
Al Pacino et
Robert De Niro. Probablement le rôle de sa vie, le plus contrasté, maîtrisé : l'acteur est de cette race de comédien qui a besoin d'un réalisateur de talent pour se révéler. Hélas, la suite est moins glorieuse.
L'île du docteur Moreau de John Frankenheimer avec
Marlon Brando (1996) est un désastre, le thriller
L'Ombre et la proie (
Stephen Hopkins, Id) avec
Michael Douglas ne restera pas dans les annales, et
Le Saint (Philip Noyce, 1997), adaptation de la série télé, est d'une platitude déprimante. Ces films auront un mérite, Val Kilmer sera ainsi nominé pour chacun d'entre eux aux Razzie Awards. Sa réputation commence alors à prendre un coup, le public n'étant pas dupe. Mais sa carrière ne s'arrête pas, bien au contraire. En 2000 il joue Willem DeKooning pour
Ed Harris dans son biopic
Pollock, un portrait du célèbre peintre américain ; puis, passant du coq à l'âne, il devient le héros du film de science fiction
Planète rouge (Anthony Hoffman, Id), un four en salles, avant de mèner l'enquête sur le meutre de son épouse en plongeant dans les bas-fonds pour
D.J. Caruso avec
Salton Sea (2002). Sa capacité à passer d'un genre à l'autre pour des performances parfois intenses, contrebalancée par des interprétations où il ne fait pas le moindre effort, perd un peu le public qui a du mal à s'accrocher à lui.
Commence alors une période de haut et de bas, où Kilmer se fait plus discret dans des productions de plus petit format et souvent en second rôle. On peut le voir dans
Masked and Anonymous (
Larry Charles, 2003), film écrit par et avec
Bob Dylan ; dans le thriller
Wonderland (James Cox, Id), autour d'un fait divers sanglant lié à une star du porno des années 80 qu'il interprète ; dans
Les Disparues (Id), un western de
Ron Howard avec
Cate Blanchett et
Tommy Lee Jones ; ou encore dans le très bâclé
Profession profiler du paumé Rennie Harlin (2004) dans lequel il fait juste une apparition. Avec
Alexandre d'
Oliver Stone (Id), il se rappelle à notre bon souvenir dans un second rôle grandiloquent, à l'image du film. Vite oublié dans
Kiss Kiss Bang Bang (Shane Black, 2005), il multiplie ensuite les direct-to-video, signe d'une carrière en chute libre, avant que
Tony Scott par charité lui confie un second rôle anodin dans son chef d'œuvre,
Déjà Vu (2006). Depuis il erre d'une série télé (
Numbers,
Knight Rider,
XIII) à des productions miteuses destinées au marché vidéo (
Conspiracy,
Columbus Day). Et si son agenda est bien chargé, la suite ne promet guère d'être mieux. Kilmer est déjà au casting de six productions à sortir entre 2008 et 2009. On retiendra pour une probable sortie en salles :
Streets of Blood et (Charles Winkler, 2009) avec
Sharon Stone50 Cent ; l'intriguant et
Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans (Id), une suite signée
Werner Herzog du
Bad Lieutenant d'
Abel Ferrara avec
Eva Mendes et
Nicolas Cage.