Veronica Lake fût dans les années 40 à Hollywood l'émanation parfaite de la blonde fatale et iconique. Avec ses longs cheveux glissant en cascade sur son œil droit, son air aguicheur et sa beauté froide pourtant volcanique, elle restera comme l'actrice d'une décennie, une pin up évanescente et fantasmatique qui très vite, comme une fleur, va se faner puis disparaître. Loin des spotlights des studios elle va sombrer dans l'alcool et les petits boulots, ne ressuscitant que tardivement en signant une autobiographie,
Véronica, qui lui donnera l'occasion de tourner quelques films tardifs, petites séries B vite oubliées. Elle, qui commença à jouer dès son plus jeune âge des petites pièces pour son école, a passé son enfance dans les cartons, à déménager d'un bout à l'autre de l'Amérique. Encore adolescente, elle était déjà connue des concours de beauté de Miami où elle a résidé. Rien d'étonnant donc qu'une fois installée à Beverly Hills, elle s'inscrive dans un cours d'arts dramatiques où elle ne tarde pas à être repérée par les studios. Elle fait d'abord de la figuration pour la RKO dans
Sorority House (John Farrow, 1939) et la MGM dans
Dancing Co-Ed (S. Sylvan Simon, Id), puis obtient un premier petit rôle chez Paramount, sous le nom de Constance Keane, dans
All Women Have Secrets (Kurt Neumann, Id).
Après avoir trouvé enfin son nom d'actrice avec
I Wanted Wings (Mitchell Leisen, 1941), elle obtient son premier grand rôle dans l'éblouissante comédie théorique et satirique de Preston Sturges,
Les Voyages de Sullivan (Id). A partir de
Tueur à gages (Frank Tuttle, 1942), beau film noir où elle incarne une somptueuse prédatrice, elle commence à composer un duo intéressant avec Alan Ladd, qu'elle retrouve dans
La Clé de verre (Stuart Heisler, Id),
Le Dahlia bleu (George Marshall, 1946) et
Saigon (Leslie Fenton, 1948) film d'aventure exotique où elle use encore de ses atours de créature maléfique et vénéneuse. Si elle continuera à jouer avec cette image dans la chronique guerrière de Mark Sandrich,
Les Anges de la miséricorde (1943), ou le western de son époux actuel, le réalisateur André de Toth, dans
Femme de feu (1947), la critique va malheureusement commencer à lui reprocher son accent germanique invraisemblable pour
The Hour Before the Dawn (Frank Tuttle, 1944). Sa voix deviendra alors un reproche récurrent. Au milieu des années 40, quoique encore populaire, elle enchaîne plusieurs titres médiocres aux succès mitigés comme
Hold That Blonde (George Marshall, 1945),
Out of This World (Hal Walker, Id) et
Miss Susie Slagle's (John Berry, 1946). Connue pour être une actrice un peu rebelle à la personnalité complexe et difficile à diriger, elle commence alors à se faire poliment détestée par son entourage et la profession.
En 1948, malgré le succès du
Dahlia bleu deux ans plus tôt, l'échec d'
Isn't It Romantic (Norman Z. McLeod, 1948) force la Paramount à mettre fin à son contrat. Elle trouve alors refuge provisoirement à la Fox où dirigée parAndré de Toth et aux côtés de Richard Widmark elle tourne le film d'aventure
La Furie des tropiques (1949). Hélas le film est un échec. Son jeu étroit (sur le plateau du
Dahlia bleu Raymond Chandler l'avait surnommé Monorica Lake), ses multiples revers en salles, sa réputation de capricieuse et un penchant dangereux pour l'alcool commencent alors à l'éloigner des studios. Elle ne reviendra sur un grand écran qu'en 1951 pour une série B mineure et oubliée,
Stronghold (Steve Sekely, 1951), puis ce sera la télévision, où elle erre régulièrement jusqu'en 1954, date où elle disparaît. En 1962 un journaliste découvre qu'elle travaille comme barmaid dans un motel, il publie son histoire, lui permettant de retrouver pour quelque temps la célébrité. Elle revient ainsi au cinéma avec le thriller canadien,
Des pas dans la neige (Martin Green, 1966), signe son autobiographie en 1969, puis termine sa carrière avec un nanar horrifique,
Flesh Feast (1970), où un groupe de néo-nazis veulent ressusciter Hitler. Seule, malade physiquement et mentalement, elle décède en 1973 d'une hépatite due à ses problèmes d'alcoolisme. Elle n'avait pas encore 54 ans, seul son fils assista à ses obsèques. Une étoile d'Hollywood s'est éteinte dans l'indifférence générale.