Vincent Lindon a su imposer depuis les années 80 son charme fragile et son physique banal mais attachant avec une assurance discrète. Il navigue avec une aisance à lui dans le cinéma français, passant du film d'auteur à la comédie grand public avec une facilité qui n'en demeure pas moins la marque d'un réel talent et d'un grand professionnalisme. Acteur prolixe et désiré, il défait sans cesse les pièges des étiquettes et de l'âge en jouant de sa vulnérabilité aux emplois multiples : tendre ou violent, paumé ou rêveur, il est l'amant idéal et l'époux déçu, plus un sentimental qu'un cérébral, un angoissé jamais pathétique, à fleur de peau. Infiniment sympathique, drôle ou émouvant, il rend agréable, sensible ou intelligente chacune de ses interprétations, même dans les productions les plus médiocres ou ratées dans lesquelles il a échoué. Né au sein d'une riche famille bourgeoise de Boulogne où son oncle, Jérôme Lindon, est fondateur des Editions de Minuit, il quitte Paris à vingt ans pour s'installer à New York afin d'y étudier la musique et travailler dans la production musicale. De retour dans la capitale en 1981, il devient régisseur des tournées de
Coluche, puis travaille au quotidien Le Matin où il est journaliste durant un an. Attiré par le cinéma et l'envie de s'initier à la comédie, il intègre dans la foulée le Cours Florent, où il fait la rencontre de
Francis Huster, son professeur. Celui-ci le recommande au réalisateur Paul Boujenah grâce à qui il fait ses premiers pas au cinéma en 1983 dans le dispensable
Le faucon.
Sa carrière est lancée, on le croise rapidement aux côtés de
Richard Berry dans
L'Addition (Denis Amar, 1984), chez
Bertrand Blier dans
Notre histoire (Id) avec
Alain Delon, qu'il retrouve l'année suivante dans
Parole de flic (José Pinheiro, 1985). En 1986 son rôle de policier mélomane dans
37°2 le matin de Jean-Jacques Beinex le révèle aux yeux du grand public. Il devient vite inévitable et tourne chez les cinéastes français les plus connus du moment, chez Diane Kurys dans
Un homme amoureux (1987) et
La Baule-les-Pins (1990),
Arcady dans
Dernier été à Tanger (1987), Sautet dans
Quelques jours avec moi (1988) où il est le petit ami de
Sandrine Bonnaire ;
L'Etudiante de Claude Pinoteau, où il interprète un professeur romantique faisant tourner la tête à
Sophie Marceau, l'impose définitivement comme un acteur de premier plan. Consécration l'année suivante, où il obtient le Prix Jean Gabin, puis première rencontre avec
Lelouch sur
Il y a des jours...et des lunes (1990). Le cinéaste et l'acteur se retrouveront sur
La Belle histoire (1992) et la comédie
Tout ça pour ça (1993).
Drôle d'amoureux
En 1990, il forme un duo tendre, drôle et touchant avec son complice
Gérard Darmon chez
Tony Gatlif pour
Gaspard et Robinson. Deux ans plus tard, il fait équipe avec
Patrick Timsit sur
La Crise (1992), comédie sociale sur fond de chômage signée Coline Serreau. Son rôle de cadre dépressif le hisse jusqu'au César où il est nominé comme meilleur acteur. Lindon retrouvera Serreau sur
La Belle Verte (1997) et
Chaos (2001), succès en salles et pour l'acteur. Après une petite apparition amicale dans
La Haine (Matthieu Kassovitz, 1995), il croise pour la première fois la route de
Pierre Jolivet sur
Fred (1997). Deux ans plus tard ils signeront ensemble
Ma petite entreprise (1999), comédie sociale dans laquelle il excelle et pour laquelle il est de nouveau nominé aux Césars. Entretemps, il se marie avec
Sandrine Kiberlain, avec qui il joue pour
Benoît Jacquot dans
Le Septième ciel (1997). Il y joue un époux en proie au doute sur la sexualité de son couple face une épouse cleptomane et hypnotisée par François Berléand., Fidèle, il retrouve Jacquot un an plus tard en jouant un travesti dans
L'école de la chair (1998), puis troisième collaboration dans la foulée avec
Pas de scandale (1999) aux côtés de
Fabrice Luchini et
Isabelle Huppert.
Si Jacquot lui a ouvert les portes du cinéma d'auteur qu'il continuera d'explorer dans
Vendredi Soir (2002) aux côtés de
Valérie Lemercier dans un rôle inattendu, Vincent Lindon se plaît aussi à jouer dans des comédies populaires comme
Belle maman (Gabriel Aghion, 1999),
Le Coût de la vie (Philippe Le Guay, 2003),
La Confiance règne (Etienne Chatilliez, 2004), ou encore chez l'insituable
Pascal Thomas dans
Mercredi, folle journée! (2001). Fidèle à Pierre Jolivet, ils signent ensemble
Le frère du guerrier (2002), film d'aventures médiévales raté, puis
Filles uniques (2003) et
Je crois que je l'aime (2007), tentative réussie d'incursion dans la comédie romantique qui enthousiasme alors la critique. En 2005, il incarne pour
Emmanuel Carrère son rôle le plus étrange dans
La Moustache, celui d'un homme en pleine crise d'identité paranoïaque après avoir rasé sa moustache. Il donne alors la réplique à
Emmanuelle Devos, qu'il retrouvera dans l'émouvant
Ceux qui restent (Anne Le Ny, 2007), où il livre selon la presse l'une des plus belles prestations de sa carrière. Toujours plaisant et juste dans ce registre mêlant légèreté et gravité, humour et sensibilité, il devient l'un des héros de la comédie romantique de Lorraine Levy,
Mes amis, mes amours (2008), où il interprète un jeune divorcé tombant amoureux de
Virginie Ledoyen. Il tente enfin d'innocenter
Diane Kruger jouant son épouse dans
Pour elle (Fred Cavayé, 2008) ; et éternel lover, il joue dans
Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2009), adaptation du roman d'Erci Holder autour d'une institutrice tombant amoureuse d'un parent d'élève.