Werner Herzog est l'une des personnalités les plus atypiques et fortes du cinéma allemand né durant les années soixante et soixante-dix. Il passe son enfance et son adolescence dans un village bavarois coupé du monde. Précoce, à 12 ans sa famille rejoint Munich ; à 14 il commence à sillonner le pays à pieds et s'intéresse au cinéma après avoir découvert le fonctionnement des caméras dans une encyclopédie ; à 15 il écrit son premier scénario ; à 17 il réalise son premier court-métrage amateur et décide de monter sa propre société de production. Herzog entame ensuite des études de littérature et d'histoire à Munich puis à Pittsburgh, où pour subsister il droit travailler la nuit comme soudeur dans une aciérie. En 1962, à 19 ans, il se lance enfin dans sa carrière de réalisateur et tourne ses premiers courts métrages :
Herakles (1962) et
Spiel im Sand (1964). Autodidacte, farouchement indépendant, Herzog met d'emblée un point d'honneur à garder le contrôle de ses films en étant également producteur. Dès son premier long métrage,
Signes de vie (1967), prix spécial au festival de Berlin, se dessine les thèmes à venir de son œuvre : un certain attrait pour l'absurde, les situations extrêmes, la folie, le romantisme allemand, une imagerie visionnaire et bientôt la conquête d'autres paysages, des grands espaces, des cultures et l'Histoire.
A partir de 1968, Herzog commence à tourner des documentaires pour la télévision, notamment sur l'Afrique. Il en profite alors pour réunir une série de prises de vues qui ensembles deviendront
Fata Morgana (1971), un film expérimental où la critique et grande théoricienne du cinéma allemand Lotte Eisner prête sa voix pour la narration. En 1970 il sort sa deuxième fiction,
Les nains aussi ont commencé petits, qui n'enthousiasme guère le public allemand. Pourtant, joué uniquement pas des acteurs nains, le film inaugure déjà cette « poésie des sous-hommes » que l'on retrouvera plus tard sous la forme de portraits d'aventuriers « utopiques et mégalomanes » dont
Aguirre, la colère de Dieu (1972) est peut-être l'œuvre la plus symptomatique. Tourné en Amazonie péruvienne dans des conditions épiques, difficiles, au mépris du danger, ce dernier lui apporte la consécration en France et inaugure sa première collaboration avec
Klaus Kinski, son acteur fétiche qu'il retrouvera dans
Nosferatu, fantôme de la nuit (1979), un remake du film de Murnau ;
Woyzeck (Id), une adaptation de la pièce de Goerg Büchner ;
Fitzcarraldo (1982) autre variation sur le thème de l'aventurier mégalomane ;
Cobra Verde (1987), toujours sur fond d'exotisme, d'aventure et d'Histoire ; jusqu'à
Ennemi intime (1999), un documentaire sur la relation intense mais tendue entre l'acteur et le cinéaste.
Parallèlement à ses fictions qui ont fait son succès telles que
L'Enigme de Kaspar Hauser (1974),
Cœur de verre (1976),
La Ballade de Bruno (1977), Herzog tourne très régulièrement des documentaires, généralement pour la télévision et souvent loin de ses terres :
La Soufrière (1977),
Ballad of the Little Soldier (1984, TV),
The Dark Glow of the Mountains (1985, TV),
Wodaabe, les bergers du soleil (1989, TV). Il y consacre même l'essentiel de son œuvre durant les années 90 :
Lessons of Darkness (1992),
Bells from the Deep : Faith and Superstition in Russia (1995),
Little Dieter Needs to Fly (1997). A partir de 2001, tout en continuant à réaliser des documentaires il fait enfin son retour à la fiction avec
Invincible. Suivront
The Wild Blue Yonder (2005) et
Rescue Dawn (2006) avec
Christian Bale, son premier film intégralement américain et inédit en salles en France. Une nouvelle terre où Herzog semble apparemment s'installer puisqu'il y signe également le documentaire
Encounters at the End of the World (2007), et surtout une nouvelle fiction visiblement inspirée du film de
Ferrara et avec un casting très hollywoodien :
Bad Lieutenant : Port of Call New Orleans (2009), avec
Nicolas Cage,
Val Kilmer et
Eva Mendes. Devrait suivre
The Piano Tuner (2010), toujours avec un financement américain. L'époque du jeu cinéaste indépendant est semble-t-il révolue.