(Issu du théâtre expérimental qu'il fréquente d'abord via la Theatre X, une troupe de Milwaukee, puis à New York où il fonde avec Elizabeth LeCompte The Wooster Group (pour lequel il continuera de jouer durant toute sa carrière), Willem Dafoe débute au cinéma en 1980 par de la figuration dans
La porte du paradis (
Michael Cimino). Son physique émacié, son regard parfois à la lisière de la démence, son allure sèche et nerveuse le portent naturellement à interpréter d'abord des méchants ou des psychopathes en puissance : vampire dans le beau et baroque
Les Prédateurs (
Tony Scott, 1983) ; chef de gang de bikers dans le culte
Les Rues de feu (Walter Hill, 1984) ; trafiquant de fausse monnaie dans le classique des eighties
Police fédérale, Los Angeles (
William Friedkin, 1984). En 1986 il obtient son premier grand rôle grâce à
Oliver Stone pour
Platoon : il y joue le Sergent Elias, idéaliste pris dans les engrenages de la guerre du Vietnam. Le film lui apporte une nomination aux Oscars du meilleur second rôle et permet surtout de le faire mieux connaître aux yeux du grand public. Cette notoriété lui permet d'obtenir des rôles plus conséquents: agent du FBI dans le thriller d'
Alan Parker Mississippi Burning (1988), et surtout Jésus pour
Martin Scorsese dans
La Dernière tentation du Christ (Id), où pour la première fois un film repose entièrement sur ses épaules.
Il revient ensuite à des rôles de composition qui durant les années 90 l'amèneront à connaître des hauts et des bas, dans des productions variées allant du film d'auteur indépendant au blockbuster de studio. Il est ainsi à l'affiche pour le meilleur dans :
Sailor et Lula (
David Lynch, 1990),
Light Sleeper (
Paul Schrader, 1992),
Basquiat (
Julian Schnabel, 1996),
Le Patient Anglais (Anthony Mingella, 1996),
Affliction (
Paul Schrader, 1997),
New Rose Hotel (
Abel Ferrara, 1998) et
eXistenZ (
David Cronenberg, 1999) ; et pour le pire :
Le Vol de l'Intruder (John Millius, 1991),
Danger immédiat (
Philip Noyce, 1994),
Speed 2 - Cap sur le danger (Jan de Bont, 1997) et
Lulu On The Bridge (
Paul Auster, 1998). Malgré cette carrière inégale, Willem Dafoe impose à chaque fois sa présence et son professionnalisme, il donne une étrangeté à chacune de ses apparitions, son regard et sa voix ont une identité et une intensité hypnotique, une empreinte singulière qui ne ressemble à personne et lui confère son originalité, son charisme déviant qui dévore l'objectif avec aisance. Durant les années 2000, il continuera ainsi de travailler sur des projets d'envergures diverses qu'il tourne à un rythme effréné, aussi bien sous la direction d'auteurs confirmés que dans des productions plus mainstream.
Eclectisme
En 2000 il est ainsi taulard pour son ami
Steve Buscemi dans
Animal Factory, puis Nosferatu dans
L'ombre du vampire (E. Elias Merhige, Id), qui lui vaut une nomination aux Oscars. Deux ans plus tard, il retrouve son complice
Paul Schrader pour
Auto Focus, où il joue un technicien vidéo filmant les ébats sexuels du comédien Bob Crane (acteur de la série Papa Schultz), avec qui il noue une relation ambiguë voire perverse. Schrader et Dafoe se retrouveront ensuite sur
The Walker (2007), film inédit en France. 2002 toujours, il devient le Bouffon Vert machiavélique de
Spider-Man (
Sam Raimi). Ses traits vont à merveille à ce personnage instable et extravagant. Après avoir prêté sa voix au
Monde de Nemo (
Andrew Stanton, 2003) et avoir fait une apparition dans
Il était une fois au Mexique Desperado 2 (
Robert Rodriguez, Id), il kidnappe
Robert Redford dans
L'Enlèvement (Pieter Jan Brugge, 2004), dans lequel il joue de son physique incertain et maladif -des stigmates qui auront fait souvent l'heure de gloire de ses interprétations aux limites de la folie clinique ou de la dépression. La même année, il distille et transforme toute son angoisse avec un réel sens du comique dans
La Vie aquatique (
Wes Anderson), puis passe faire un tour dans
Aviator (
Martin Scorsese, Id). A nouveau super bad guy dans
xXx 2 (
Lee Tamahori, 2005), il est encore plus antipathique et terrifiant dans le rôle du père de
Bryce Dallas Howard dans
Manderlay (
Lars Von Trier, Id),
Suivront quelques autres seconds rôles :
Inside man (
Spike Lee, 2006),
Les Vacances de Mr. Bean (Steve Bendelack, 2007), puis des retrouvailles avec
Abel Ferrara pour
Go Go Tales, présenté à Cannes en 2007. Il est également à l'affiche d'
Anamorph (
Henry Miller, Id), un thriller psychologique sur le concept d'anamorphose dans lequel il tient le rôle principal. En 2008, il rejoint
Julia Roberts et
Ryan Reynolds pour
Fireflies in the Garden (Dennis Lee), présenté au festival de Berlin la même année. Aux côtés d'
Harvey Keitel chez l'un des plus grands auteur du cinéma grec,
Théo Angelopoulos pour
The Dust of Time (Id), il continue de rester fidèle aux cinéastes indépendants ou étrangers pour
Daybreakers (Michael et Peter Spierrig, Id). Il retrouve enfin
Paul Weitz avec qui il avait déjà joué dans
American Dreamz (2006) pour
Cirque du Freak (2008), une histoire de conte horrifique adaptée d'une saga du romancier pour enfants Darren Shan ; puis son auteur fétiche,
Paul Schrader, pour une nouvelle collaboration sur
Adam Resurrected (Id), la vie d'un survivant de l'Holocauste, ancien directeur de cirque et patient dans un hôpital psychiatrique en Israël en 1961. Dafoe y joue un commandant nazi face à
Jeff Goldblum, le film est adapté d'un livre de Yoram Kaniuk, un célèbre auteur israélien traduit dans 25 pays.