William Wyler est l'une des figures emblématiques du cinéma hollywoodien du siècle dernier dont la reconnaissance critique et populaire le placent aux côtés de Cecil B. DeMille,
Frank Capra,
Howard Hawks ou
John Ford. Entré dans la profession au temps du muet, sa carrière a embrassé, en près d'un demi siècle et de soixante-dix films, le passage au parlant, l'âge d'or hollywoodien, la fin du règne des studios et les profondes mutations esthétiques et idéologiques nées à la fin des années 60. Certes, Wyler n'est pas un auteur au sens véritable du terme (comme précisément
Ford ou
Hawks) mais il n'en est pas moins un véritable artisan dont le style repose essentiellement sur la qualité de ses scripts proposant bien souvent des adaptations d'œuvres littéraires ou théâtrales prestigieuses, une direction d'acteur rigoureuse et précise, ainsi qu'une économie et une efficacité dans la mise en scène, héritées de ses débuts dans la série B.
Premières classes à la Universal
Né dans une famille allemande de confession juive, Wyler fait ses études à Lausanne avant de partir étudier le violon au Conservatoire de Paris. Gagnant difficilement sa vie, il accepte alors l'offre que lui propose Carl Laemmle, directeur des studios Universal et accessoirement cousin de sa mère. En 1920, il traverse donc l'Atlantique et commence à travailler comme agent publicitaire pour les bureaux new-yorkais du studio. Rapidement promu, il devient assistant de production avant de s'installer définitivement à Hollywood en 1922. Sur place, il se familiarise avec les techniques cinématographiques en faisant ses classes en tant qu'assistant monteur ou réalisateur. En 1925, étant le plus jeune employé de la firme, il œuvre enfin en solo sur une série de westerns muets destinés à être projetés en première partie de programme. Le court format de ces films (deux bobines) lui permet ainsi d'en réaliser à la chaîne, près d'une trentaine en l'espace de trois ans, et donc de parfaire son sens de la mise en scène. A ce titre, en 1930, il est enfin autorisé à travailler sur une production de catégorie A,
Far West, qui s'avère être le premier film sonore et tourné en extérieurs de la Universal. Le succès critique et public que rencontre le western conforte alors Wyler dans ses ambitions.
Ne s'arrêtant désormais plus de tourner, et en alternant avec une rare agilité westerns (
La Tourmente, 1930), drames (
A House Divided, 1931) et comédies (
Her First Mate, 1933 ;
The Good Fairy, 1935), Wyler voit en conséquence sa côte grimper en flèche auprès des studios concurrents. Si bien, qu'en 1936, à la suite des déconvenues financières éprouvées par la Universal en raison de la mauvaise gestion de Carl Laemmle Jr., il ne peut refuser l'offre de collaboration que lui propose le producteur indépendant Samuel Goldwyn. Le duo donnera ainsi naissance à une huitaine de films dont chaque sortie constituera un événement en soi, à compter de l'adaptation du drame de Lilian Hellman,
Ils étaient trois (1936), en dépit du fait que Wyler y tente très maladroitement de contourner le thème de l'homosexualité féminine.
Au faîte de sa gloire
Leurs films suivants installent définitivement Wyler au panthéon des réalisateurs et producteurs hollywoodiens, même si leurs qualités demeurent souvent discutables et que leur réussite doive énormément au travail du grand chef opérateur Gregg Toland. Il est en ainsi du drame romantique
Dodworth (1936) pour lequel il reçoit la première de ses sept double nomination à l'Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film ;
Le Vandale (id) qu'il termine à la demande de Goldwyn, à la suite de
Hawks ; le film de gangster
Rue sans issue (1937) qui impose l'immense Humphrey Bogart dans un de ses premiers grands rôles ; l'adaptation du classique d'
Emily Brontë,
Les Hauts de Hurlevent (1939) ;
Le Cavalier du désert (1940), sans conteste son meilleur western, avec
Gary Cooper ;
La Vipère (1941) où Bette Davis livre une de ses performances électriques dont elle seule a le secret ; et son chef d'œuvre
Les Plus belles années de notre vie (1946), émouvant et personnel portrait de vétérans (à son image : il s'est engagé dans l'armée de l'air américaine durant la Seconde Guerre mondiale) porté par Fredric March, Dana Andrew et Mirna Loy, de nouveau encensé par l'Académie des Oscars.
En parallèle, et bien que l'entente ne soit rapidement plus au beau fixe avec Goldwyn, ce dernier consent à prêter son réalisateur fétiche à la Warner Bros, pour laquelle il signe deux films remarquables :
L'Insoumise (1938) avec Henry Fonda et Bette Davis, qu'il retrouvera dans
La Lettre (1940) d'après l'œuvre de W. Somerset Maugham. En 1942,
Madame Miniver consacre définitivement Wyler par sa moisson d'Oscars et de nominations, bien que le film souffre des contraintes de production imposées par la MGM, nouvel employeur du réalisateur, et révèle au grand jour les limites de son académisme esthétique. Pourtant, certains de ses films suivants parviennent à dépasser cet état (et de fait ce défaut), notamment par un rigoureux travail d'adaptation, une grande finesse psychologique dans l'étude des personnages, et la mise en place de huis clos particulièrement anxiogènes par le recours à de longs plans séquences. Ainsi de
L'Héritière (1949), subtile peinture de la cruauté sentimentale, avec Olivia de Havilland et Montgomery Clift, d'après
Henry James ; et, avec un peu moins de réussite, le drame policier
Histoire de détective (1951) avec Kirk Douglas ou
La Maison des otages (1955) sur lequel il retrouve Bogart et dont
Michael Cimino proposera un remake en 1990.
Superproductions et émouvants portraits féminins
En 1953, Wyler a la bonne idée de renouer avec la comédie romantique en révélant le joyau qu'est
Audrey Hepburn dans le charmant
Vacances romaines où elle forme un duo irrésistible avec
Gregory Peck. Puis, plus que jamais incontournable, il se voit lancer un nouveau défi par l'entremise d'une série de films à grand spectacle : le boursouflé portrait de Quakers de
La Loi du Seigneur (1956),
Les Grands Espaces (1958) qui marque son retour au genre du western avec
Peck filmé en Scope, et son film le plus populaire, le péplum aux onze Oscars
Ben-Hur (1958), interprété par
Charlton Heston. Par la suite, Wyler fait de nouveau appel à
Audrey Hepburn pour un rôle à contre-emploi dans
La rumeur (le plaisant remake de son film précédent,
Ils étaient trois) : celui d'une directrice d'école devant affronter, aux côtés de Shirley McLane, des accusations de lesbianisme. Avant d'encenser sa joie de vivre et sa classe absolue dans la trop tiède comédie
Comment voler un million de dollars ? (1966). Excellent directeur d'acteurs, et en particulier d'actrices, il saura tout autant tirer le meilleur de
Barbara Streisand dans le musical
Funny Girl (1968). En 1970, au crépuscule de sa carrière, et en raison d'une santé défaillante, William Wyler réalise son dernier film, le drame
On n'achète pas le silence, qui malheureusement démontre de manière définitive les limites de son cinéma. Pour autant, cet échec ne saurait faire oublier que Wyler demeure l'un des cinéastes américains les plus reconnus et appréciés, particulièrement aux Etats-Unis où son nom demeure à jamais synonyme de qualité commerciale et de succès publics.