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Wong Kar-Wai, Maggie Cheung et Tony Leung en balade sur le Mont parnassien se sont arrêtés au club de rencontre de la Fnac. Après une rapide présentation accueillie par les chauds applaudissements du public, ils répondent à quelques questions, à celles de M. Fnac comme à celles du public, lancées sans micro dans la salle ou posées sur Internet...
Puisque nous n'avions pas pu rencontrer Wong Kar-Waï, nous sommes allés, dictaphone à la main, recueillir les propos de l'équipe du film.
Dans le film, Maggie Cheung porte de magnifiques robes, ses tenues sont toujours très élégantes. Quand on lui demande s'il fût difficile d'incarner ce rôle et de porter tous ces vêtements, elle parle de son travail d'actrice comme d'un travail d'équipe : "Il s'agissait d'abord d'y être habituée. D'être habituée à avoir ces robes et ces chaussures, de marcher de telle façon, d'avoir une telle coiffure et un tel maquillage... Comme le tournage a duré assez longtemps, j'ai eu le temps de m'habituer à toutes ces sensations, à avoir cette apparence et à l'accepter. Le reste est venu naturellement. Je pense également que nous avons trouvé ce personnage à travers son attitude physique. L'aspect physique est venu avant son cheminement intérieur. Nous l'avons trouvée d'après son image, ses habits, son langage corporel qui induisait toutes ces émotions et que nous reproduisions sans en être conscients. Il ne s'agissait pas de se dire " Oh, il faut que je fasse ce genre de petit détail avec mon petit doigt ou quelque chose de compliqué " mais de ressentir et le tout s'est parfaitement assemblé."
L'histoire se passe à Hong-Kong en 1962. J'aime bien les gens de cette époque, nous dit Wong Kar-Waï, parce ce qu'en ce temps là à cause du problème du logement à Hong-Kong, de nombreuses familles vivaient sous le même toit. Elles partageaient le même appartement dans une sorte de grande intimité sans pour autant se connaître. Elles avaient les mêmes toilettes, la même salle de bain... elles étaient très proche les unes des autres, plus qu'aujourd'hui.
In the Mood for Love, raconte l'histoire de deux personnes confrontées à l'absence de leurs époux respectifs. L'image ne les montre qu'en partie, on ne les voit jamais vraiment, ils sont évoqués et découpés par le cadre et si les personnages leur adressent la parole et personnalisent une présence, leur visage n'est jamais montré. Comment est venue cette façon de filmer, pourquoi ne les voit-on pas ?
WKW : Pour moi, ce film n'est pas une histoire de couples, déclare le réalisateur. Si l'on avait vu son mari et sa femme, on aurait pensé qu'il s'agissait de l'histoire d'un mariage, d'une histoire de tromperie conjugale. Et nous aurions alors dû parler de ce mariage, de qui avait raison, qui avait tort, qu'est-ce qui n'allait pas dans ce mariage, pourquoi en étaient-ils arrivés là, ou quelque chose comme ça. Nous avons d'ailleurs beaucoup parlé de ce problème. Je pense que Maggie et Tony interprétaient les deux angles d'un coin. Nous avons essayé de comprendre comment tout cela avait commencé et nous avons commencé des recherches de toutes sortes et des répétitions... et ils ont fini par trouver.
Un autre élément très important et éminemment prégnant du film est la musique. Une sorte de calme plainte, un murmure de violons accompagne sans cesse les personnages et reste longtemps gravé dans la mémoire des spectateurs. Savoir si cette musique était présente sur le tournage du film, était alors une excellente question.
Nous avions cette seule musique confirmée pendant les premiers rushes ; et Kar-Waï de préciser ce que vient de dire Maggie Cheung : "Je leur ai montré les rushes avec la musique et c'est la musique que je fais répéter tout au long du film. Il s'agit d'une valse composée par un musicien japonais en 1972. Une des raisons pour lesquelles il y a peu de dialogue, continue-t-il à propos du paysage sonore du film, c'est parce que je savais dès le tout début que Tony et Maggie allaient jouer ces deux personnages, et qu'ils dégageraient d'eux-mêmes à travers leur personnalité, leur langage corporel... de nombreuses choses. Maggie est très douée pour avoir un langage corporel précis, son corps et les mouvements qu'elle lui fait faire peuvent raconter des histoires mieux que ne le feraient des mots."
La musique a-t-elle aidé les acteurs dans leur travail ?
Maggie Cheung : "Quand j'ai vu les rushes et les ralentis avec la musique, j'ai compris l'humeur du film. C'est la première fois que j'en ai compris l'ambiance de façon exacte."
Pour Tony Leung, entendre la musique a beaucoup aidé :
"Nous avons travaillé sans script et le fait d'avoir cette musique nous a au moins donné un point de repère, nous avions le rythme et le tempo du film."
Tony Leung a également une carrière de chanteur qu'il a mis en suspens voilà six ans. Il répond à cette interruption en déclarant :
TL : "Je ne suis pas un chanteur à temps complet ! Un jour je n'ai plus eu envie de chanter, je n'avais pas de nouvelles idées... Et puis on m'a fait écouter de nombreuses choses, et cette fois j'ai eu une vision précise de ce que je voulais faire, voilà pourquoi je m'y suis remis, j'avais envie de m'exprimer par la musique..."
WKW : "Je pense que pour Tony, sa carrière de chanteur n'est pas une extension de sa carrière d'acteur (...) précise le réalisateur comme protégeant son poulain. Au cours des quinze derniers mois, nous avons travaillé dans différentes villes, nous avons eu différentes expériences, je crois que faire un album l'a regroupé. Je lui donnais des références musicales pour le rôle et je crois que cela lui apportait des réponses.
Tony Leung a d'ailleurs joué dans d'autres films pendant le tournage de In the Mood... s'éclipsant quelques semaines des plateaux pour y revenir frais et dispos.
J'avais prévu d'autres tournages et nous ne savions pas que celui-ci allait être si long... précise-t-il comme un enfant heureux d'avoir joué un tour.
In the Mood for Love est-il une suite de Days of Being Wild, demande une spectatrice ?
WKW : "Nous avons essayé de faire une suite il y a à peu près deux ans avec Tony et Maggie. Mais je pense que ce en quoi je croyais dans les années 90 est très différent de ce que je crois aujourd'hui et je sais que In the Mood... ne peut être une suite. Nous avons essayé de faire des choses différentes, parce que l'histoire est différente, mais malgré tout dans le processus de construction, il y a eu des choses rémanentes et enfin de compte je dirai que In the Mood... a dix ans de moins que Days of Being Wild. "
Un autre spectateur observateur remarque que l'on retrouve un plan similaire dans Happy Together et ici.
WKW : "Je ne pense jamais que mon public a vu tout mes films... précise Kar-Waï, donc si j'aime faire quelque chose, je ne vais pas m'en priver et je le recommencerai. (...) On m'a souvent posé de nombreux challenges comme : " Seriez-vous capable de faire un film sans caméra d'épaule " , " Seriez-vous capable de faire un film sans voix-off ou sans cigarettes, ou sans horloge... " Dans ce film, il n'y a ni caméra d'épaule, ni voix-off... mais on retrouve d'autres choses comme les cigarettes et les horloges."
... "et Tony Leung !" commente Maggie dans un sourire.
"Je pense de même qu'il est difficile de faire un film sans parler d'amour, sans l'évoquer, continue le réalisateur. Même si on ne le montre pas, ou que l'on montre le contraire, ou ce qu'il se passe avant... L'amour est toujours sous-jacent semble-t-il vouloir dire."
En matière de références européennes, puisque le réalisateur oriental est chaudement accueilli en France, quel réalisateur l'a plus particulièrement inspiré lui demande-t-on à deux reprises. Ici on sent que la réunion de cinéphiles espère secrètement que le génie Hong-Kongais citera quelques grands maîtres français... eh bien non, c'est à Antonioni et à David Lynch qu'il fait immédiatement référence :
WKW : "Cela fait des années que je passe mon temps dans les cinémas et j'ai été influencé par de nombreux réalisateurs. Dans ce film je voulais m'inspirer de la manière de faire d'Hitchcock. L'histoire est très simple et je voulais la dire de cette manière. Vous savez, j'ai appris de nombreuses choses en regardant énormément de films et je n'aimerais pas citer quelques réalisateurs et en oublier d'autres..."
Maggie, vous avez travaillé avec des réalisateurs européens, la manière de travailler est-elle très différente ici ?
MC : "D'habitude, les autres réalisateurs ont des scénarios, et puis je ne les connais pas aussi bien que je connais Kar-Waï. C'est un des réalisateurs que je connais depuis 12 ans maintenant. Donc oui, c'est très différent de travailler sur un scénario avec quelqu'un dont vous n'êtes pas très proche et ici de travailler sans scénario avec quelqu'un que vous connaissez très bien."
L'actrice qui a commencé sa carrière dans des films d'action - notamment dans les films de Jackie Chan - considèrerait-elle aujourd'hui d'accepter des propositions venant de ce genre ?
MC : "Si on ne me balance pas du haut d'un escalier et si je ne me fais pas battre par les méchants pourquoi pas !"
Chung Yu Fat et John Woo commencent une carrière américaine. Tony Leung serait-il attiré par un parcours similaire ?
TL : "En fait j'ai reçu des propositions de nombreux pays étrangers, mais on ne m'a toujours pas proposé de rôles intéressants. Mais si on me propose un rôle intéressant avec des gens intéressants... Bien sûr !
Je ne pense pas que je commencerai un jour une carrière américaine. Mais tourner un film aux Etats-Unis, ce n'est pas pareil." "Et cela ne me déplairait pas", précise quant à elle Maggie Cheung.
Propos recueillis et traduits par Anne-Laure Bell
- Lire la chronique du film In the mood for love (2000) - Lire la chronique du film 2046 (2004)
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