Zhang Yimou compte parmi les plus importants cinéastes chinois de la cinquième génération avec Chen Kaige. Forcé d'interrompre ses études durant la Révolution Culturelle en 1966, il passe trois ans à travailler à la ferme et sept à l'usine. Se découvrant alors une passion pour la photographie et quoiqu'ayant passé l'âge, il décide de se présenter à l'Institut du cinéma de Pékin en 1978. D'abord recalé il est finalement accepté dans la section prise de vues après avoir écrit un courrier au Ministère de la culture. Diplômé en 1982, en même temps que Chen Kaige et Tian Zhuangzhuang, il est envoyé aux studios de Guang-xi en tant que chef opérateur. Il y filme
Un et huit (Jun-Zhao Zheng, 1983),
Terre jaune (Chen Kaige, 1984),
La Grande parade (Id, 1986) et
Le Vieux puit (Tian-Ming Wu, 1986), dans lequel il tient également le rôle principal - il sera récompensé pour cette performance du Prix du meilleur acteur au festival de Tokyo en 1987. Zhang Yimou passe alors à la mise en scène et découvre
Gong Li dont il fait la star de son premier film,
Le Sorgho rouge (Id). Ours d'or au festival de Berlin, le film inaugure une longue et fructueuse collaboration entre le réalisateur et l'actrice qui deviendra par ailleurs sa muse et sa maitresse. Il en fera systématiquement sa vedette jusqu'en 1995 avant de la retrouver en 2006.
Suivront ainsi
Codename Cougar et
Ju Dou (1989/1990), coréalisé avec Fengliang Yang ; puis
Epouses et Concubines (1991), où il ouvre avec raffinement sa saga de films en costume : explorant l'Histoire de la Chine tout en y mêlant des récits intimes, il dresse un portrait de la femme chinoise dans son environnement social, historique et politique (les années 20), ce qui deviendra l'un de ses principaux sujets. Le film reçoit un Lion d'argent à Venise. Après
Qiu Ju, une femme chinoise (1992), récompensé d'un Lion d'or et où il offre à
Gong Li un rôle de femme humiliée et combative qu'elle porte à bout de bras, il enchaîne sur
Vivre (1994). Grand prix du Jury à Cannes, le film montre cette fois l'épopée d'une famille chinoise des années quarante aux années soixante-dix.
Gong Li est à nouveau sublime dans ce mélo poignant et sophistiqué où l'humanisme vibre à chaque plan. Certains le considèrent comme son meilleur film. L'année suivante le cinéaste et l'actrice se retrouvent une avant-dernière fois pour
Shanghai Triad (1995), une évocation des triades chinoises durant les années 30 où
Gong Li joue la concubine d'un parrain de la pègre. La mise en scène toujours aussi élégante et précieuse vire malheureusement cette fois au clinquant et n'arrive pas à faire oublier les limites du scénario.
Virages
Yimou change alors de changer de registre avec une comédie mineure mais réussie et originale,
Keep Cool (1997). Puis avec
The Road Home (1999) il dresse sur fond de drame romantique un portrait nostalgique de la Chine des années Mao, tout en sacralisant à nouveau la femme chinoise comme une authentique révolutionnaire bouleversant la société et ses conventions par amour. Il enchaîne la même année sur
Pas un de moins (Id), chronique douce-amère d'une très jeune institutrice dans un petit village de paysans chinois. Quoique un peu démago et très lacrymal, l'interdiction du film en Chine permet de le réconcilier avec un certain public l'accusant de s'être vendu au régime depuis
Shanghai Triad, alors que ses films précédents étaient de vrais grains de sable placés en contrebande dans des films aux allures acceptables. Le film reçoit le Lion d'or à Venise ainsi que de nombreux autres prix. En 2000 Yimou revient à la comédie avec
Happy times, une satire émouvante de la Chine d'aujourd'hui et ses dérives capitalistes.
A partir de 2002 Yimou opère et un nouveau virage et se lance dans une série de wu xia pian digitaux qu'il ouvre par
Hero et son casting de stars : Tony Leung Chiu Wai,
Maggie Cheung,
Jet Li, Donnie Yen, Zhang Zi Yi. Le succès du film à l'international l'encourage à enchaîner sur
Le Secret des poignards volants (2004) et
La Cité Interdite (2006), où il retrouve
Gong Li. Eloignés en apparence de ses premiers films, ceux-ci sont rarement défendus par ses admirateurs de la première heure, les jugeant trop esthétisants et conformes aux désirs du parti de la part d'un cinéaste autrefois contestataire. Pourtant derrière ces œuvres sophistiquées et malgré les apparences, Yimou n'a rien perdu de son regard. Le style très riefenstahlien des films sont à l'image de la Chine d'aujourd'hui et de toujours. Malgré leurs histoires d'amour tragiques et leurs chorégraphies parfaites, ils continuent tous à leur manière de faire le portrait d'un pays, de sa société, sa politique, revenant en arrière pour mieux montrer le présent, comme en témoignent
La Cité Interdite et son dernier plan significatif mais crypté où l'auteur laisse une empreinte plus amère et dérangeante qu'on ne le croit. Conjuguant ses désirs d'esthète et le grand spectacle, ces films créent malheureusement un malentendu durable que son road movie,
Riding Alone for Thousands of Miles (2005), mélodrame humaniste sur vague fond de réconciliation sino-japonaise, a du mal à estomper. A noter enfin que Zhang Yimou a été choisi par le comité Olympique chinois pour mettre en scène les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympique de Pékin de 2008.